Vodoun & Culture
L'initiation vodoun : ce qu'elle est vraiment, qui peut la demander, ce qu'elle engage
Da Hyppolite GLÉLÉ
« Comment devenir initié vodoun ? » La question arrive dans ma messagerie chaque semaine, souvent de l’étranger, souvent avec une idée derrière : qu’il s’agirait d’une formation, avec une durée, un prix et un diplôme au bout. Ce n’est pas cela. Voici ce qu’est réellement une initiation, qui peut la demander, et ce qu’elle engage pour le reste d’une vie.
Je dis d’emblée le plus important : on ne décide pas seul de se faire initier, et cela ne s’achète pas.
Ce qu’est le couvent
L’initiation se fait dans un lieu consacré, que l’on appelle ici le couvent. Ce n’est pas un bâtiment religieux au sens où on l’entend ailleurs : c’est un espace fermé, avec ses règles, ses horaires, sa langue et ses interdits, où l’on entre pour une longue durée.
On y apprend ce qui ne s’écrit pas : les chants, les gestes, les noms, la manière de s’adresser à la divinité concernée, les plantes, les interdits que l’on portera ensuite.
Rien de tout cela ne se visite. Un guide qui vous propose « la visite d’un couvent avec cérémonie » vous vend une mise en scène ou une intrusion, comme je l’ai écrit dans l’article sur Ouidah.
Mourir et renaître
L’initiation est construite comme un passage. L’entrée au couvent est vécue comme une mort de ce que l’on était, et la sortie comme une naissance.
Cela se traduit par des faits concrets : la personne reçoit un nouveau nom, celui du couvent, par lequel elle sera désormais appelée dans le cadre rituel. Elle sort avec des marques, une tenue, des interdits, et une appartenance.
Ce n’est pas une métaphore de développement personnel. C’est un changement de statut social, reconnu par une communauté, avec des obligations envers elle.
Qui peut être initié
Trois voies principales, et aucune ne commence par une décision individuelle.
L’héritage. Une divinité est attachée au lignage, et il faut quelqu’un pour la servir à la génération suivante. La famille et le Fâ désignent.
La désignation par la lecture. Une consultation établit que le chemin de la personne passe par là. Cela arrive à des gens qui n’y avaient jamais pensé.
L’appel. Il se manifeste par des faits répétés : une maladie que rien n’explique et qui cède quand on regarde de ce côté, des rêves insistants, des événements qui reviennent. C’est le motif le plus délicat, parce qu’il est aussi celui que l’on s’imagine le plus facilement.
Dans les trois cas, ce qui déclenche la démarche, c’est une lecture, pas une envie. Le principe est le même que celui exposé dans pourquoi la tradition vodoun passe par un initié.
Combien de temps cela dure
Cela dépend de la divinité, du couvent et du lignage. On parle de plusieurs mois dans les cas les plus courts, de plusieurs années dans d’autres.
Il existe aujourd’hui des formes raccourcies, pratiquées notamment pour des personnes venues de l’extérieur qui ne peuvent pas s’absenter longtemps. Elles sont discutées à l’intérieur même de la tradition, et je préfère être clair : une semaine ne remplace pas des mois. Ce qui est proposé sous le nom d’initiation en quelques jours est souvent autre chose, sous une étiquette flatteuse.
Ce que cela coûte, et pourquoi le mot est trompeur
Une initiation mobilise des moyens réels : la nourriture pendant toute la durée, les tissus, les animaux, les éléments rituels, le travail des officiants, l’entretien du lieu. Une contribution est donc nécessaire, et elle peut être importante.
Mais ce n’est pas un tarif de prestation, et c’est la différence que beaucoup ne voient pas. Vous ne payez pas un service qui vous serait dû en retour. Vous participez à ce que la démarche exige.
Le signal d’alerte est simple : quand on vous annonce un prix ferme avant même toute lecture, vous n’êtes pas dans une démarche traditionnelle. Les huit vérifications à faire avant de confier quoi que ce soit valent particulièrement ici.
Ce que l’on porte après
C’est la partie que les candidats considèrent le moins, et c’est la plus lourde.
Des interdits à vie. Alimentaires, vestimentaires, de comportement, parfois de fréquentation. Ils ne s’aménagent pas selon les circonstances.
Un calendrier. Il y a des jours où l’on doit être présent, des périodes où l’on ne fait pas certaines choses.
Une appartenance. On dépend d’un couvent, d’une hiérarchie, d’une communauté qui a un droit de regard.
Et une responsabilité envers les autres, si l’on est amené à servir.
Sortir du couvent, ce n’est pas obtenir quelque chose. C’est prendre en charge quelque chose. Ceux qui l’ont compris à l’envers le découvrent au bout d’un an, quand la charge devient concrète et que l’enthousiasme est retombé.
Ce qu’une initiation ne donne pas
Elle ne donne pas de pouvoirs. Ce n’est pas un déblocage de capacités, et la déception de ceux qui l’attendaient est instructive.
Elle ne règle pas vos problèmes. Une personne endettée, en conflit familial ou malade sort du couvent avec les mêmes dettes, le même conflit et la même maladie, plus des obligations en supplément.
Elle ne fait pas de vous un devin. La divination est un autre parcours, avec sa propre formation, comme l’explique l’article sur le Fâ et le rôle du bokonon.
Elle ne s’achète pas et elle ne se fait pas à distance. Il n’y a pas d’initiation par visioconférence.
Les questions qu’on me pose
Un étranger peut-il être initié ? Cela existe, et cela se fait sérieusement dans certains couvents. Mais la démarche commence par une lecture qui dit si cela a un sens pour vous, pas par un séjour réservé à l’avance.
Peut-on être initié à distance ? Non. La présence physique, la durée et le lieu font partie de ce qui constitue l’initiation.
Faut-il renoncer à sa religion ? La question se pose surtout pour ceux qui viennent de l’extérieur. Ici, la cohabitation est courante, et j’y ai consacré un article : peut-on être chrétien, musulman et vodoun au Bénin.
Peut-on refuser un appel ? On peut, et certains le font. Cela se discute avec ceux qui ont établi la lecture, et cela demande souvent qu’autre chose soit mis en place à la place.
Peut-on arrêter après ? Les obligations ne s’annulent pas par décision unilatérale. C’est précisément pourquoi il ne faut pas s’engager par curiosité.
Faut-il être initié pour être protégé ou aidé ? Non, et c’est le malentendu le plus répandu. L’immense majorité de ceux que j’accompagne ne sont pas initiés et n’ont aucune raison de le devenir. Les principes que tout initié doit tenir éclairent d’ailleurs la tradition sans qu’il soit nécessaire d’y entrer.
Si vous pensez que cela vous concerne
La bonne question n’est pas « comment me faire initier ». C’est « qu’est-ce qui, dans ma situation, me fait penser à cela ».
Écrivez-moi par la page de contact en racontant ce qui vous amène : ce qui se passe, depuis quand, ce que votre famille en dit. La lecture dira si ce chemin est le vôtre, et le plus souvent la réponse est qu’il existe une autre voie, plus simple, pour ce que vous cherchez.
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