Vodoun & Culture
Les principes du vodoun : les règles que tout initié doit tenir
Da Hyppolite GLÉLÉ
Les principes du vodoun tiennent en quelques règles que tout initié doit respecter, et qui expliquent pourquoi un officiant refuse certaines demandes. Les voici, dites simplement.
C’est la partie que personne ne raconte. On décrit nos divinités, nos tambours, nos masques, et on oublie que le vodoun est d’abord un ensemble d’obligations. Un vodun sans règle, ça s’appelle du commerce.
Le vodoun n’est pas un guichet
La confusion la plus répandue tient dans une phrase que j’entends chaque semaine : « je paie, tu fais ». Non.
Un rituel est une demande adressée à une puissance, pas une commande passée à un prestataire. La puissance peut refuser. L’officiant doit refuser quand la règle l’exige. Et le demandeur a une part à tenir, sans quoi rien ne se maintient.
C’est ce cadre qui distingue une tradition d’un service, et c’est aussi ce qui manque à tous ceux qui vendent des rituels en ligne avec une garantie de résultat.
Premier principe : on cherche la cause avant d’agir
Rien ne commence sans lecture. Le Fâ dit d’où vient la chose et ce que la tradition prescrit.
Ce principe a une conséquence que les gens n’aiment pas : ce qu’ils sont venus demander n’est pas toujours ce qui sera fait. Et parfois la lecture ne désigne rien, et il n’y a pas de travail.
Agir sans cause, c’est traiter un symptôme. C’est l’explication de la plupart des rituels qui ne tiennent pas.
Deuxième principe : on ne contraint pas la volonté d’un autre
Aucun rituel ne force une personne à aimer, à revenir, à céder, à signer. Ce n’est pas une question de puissance disponible, c’est un interdit.
Ce que la tradition permet, c’est de dénouer ce qui empêche : un blocage, une atteinte, une parole posée. Ce qu’elle interdit, c’est de prendre la place de la décision d’un autre.
Tous ceux qui vous promettent un retour affectif garanti en quarante-huit heures vous vendent la violation de ce principe, et le plus souvent ils ne font rien du tout.
Troisième principe : on ne nuit pas à un tiers
Y compris à celui qui vous a nui. On ne renvoie pas un sort à son auteur, on ne demande pas la maladie d’un rival, on ne travaille pas contre un concurrent.
C’est le principe le plus mal reçu. On me dit : « mais lui, il l’a fait ». La réponse de la tradition est constante : sa faute est son affaire, elle ne vous autorise pas la même.
Ce qui est prévu, c’est que la chose retourne à son ordre, et que vous soyez protégé. Pas qu’elle soit retournée contre une personne.
Quatrième principe : on répare avant de demander
Une dette non payée, un serment oublié, un mort mal accompagné, un partage escamoté : tant que cela reste ouvert, une demande nouvelle n’a pas de place.
C’est la réponse que les gens détestent le plus, parce qu’elle implique des personnes vivantes, des excuses, parfois de l’argent. Et c’est pourtant la plus fréquente dans ce que je lis. Les signes d’une atteinte de lignage ramènent presque toujours là.
Cinquième principe : la parole engage, et elle engage la suite
Un serment prononcé lie celui qui l’a dit, et dans certains cas sa descendance. C’est ce qui fait que des familles portent des choses que personne n’a choisies.
Corollaire pratique : on ne jure pas à la légère chez nous, et on ne prend pas un engagement devant un vodun pour se sortir d’une mauvaise semaine.
Sixième principe : l’initiation ne s’achète pas
Un titre se reçoit. Une formation prend des années, dans un couvent, sous quelqu’un qui répond de vous. Un homme qui vous propose de vous initier en une semaine contre paiement vous vend un mensonge.
Cela vaut aussi pour les objets : un vodun ne se vend pas au marché avec un mode d’emploi.
Septième principe : l’officiant se substitue à la médecine, jamais
Ce principe est plus récent dans sa formulation, mais il découle du fond : on ne met pas quelqu’un en danger pour montrer sa puissance.
Aucun traitement en cours ne s’arrête pour un travail spirituel. Un corps qui souffre va d’abord à l’hôpital. J’ai écrit ce que la guérison spirituelle ne remplace pas et je m’y tiens, même quand ça me coûte une consultation.
Huitième principe : la discrétion protège, elle ne cache pas
Une part de la pratique reste à l’intérieur du cercle initié. Pas pour entretenir le mystère : parce qu’un geste séparé de sa règle est dangereux.
Mais le cadre, lui, se dit. Ce que je fais, ce que je refuse, pourquoi je consulte, ce que ça coûte, ce que ça demande à vous : tout cela s’explique. Quand quelqu’un s’appuie sur le secret pour ne rien expliquer du cadre, ce n’est pas de la discrétion, c’est de l’opacité.
Ce que ces principes produisent en pratique
Une liste de refus. Chez moi elle est courte et fixe : contraindre une personne, nuire à un tiers, renvoyer un sort à son auteur, remplacer un médecin, promettre une date, initier contre paiement, désigner un coupable par son nom.
Un praticien qui n’a aucune liste de refus n’a pas de règle. C’est la première question à lui poser, avant même de parler de son tarif.
Les questions qu’on me pose
Quels sont les principes de base du vodoun ? Chercher la cause avant d’agir, ne pas contraindre la volonté d’autrui, ne pas nuire à un tiers, réparer avant de demander, tenir sa parole, ne pas acheter ce qui se reçoit, ne pas se substituer à la médecine, et expliquer son cadre.
Le vodoun a-t-il une morale, sans livre sacré ? Oui, et elle se transmet par l’initiation, les interdits, les récits du Fâ et les décisions des anciens. L’absence de texte a été prise pour une absence de doctrine ; c’est une erreur de méthode.
Pourquoi un prêtre refuse-t-il une demande ? Parce qu’elle heurte un de ces principes, ou parce que la lecture désigne autre chose. Un refus est un signe de sérieux, pas un manque de puissance.
Peut-on demander justice contre quelqu’un ? On peut demander que la vérité se fasse et que ce qui a été pris revienne. On ne demande pas le malheur d’une personne. La différence est fine à l’oreille, elle est nette dans la pratique.
Ces principes sont-ils les mêmes partout au Bénin ? Le fond est commun. Les interdits particuliers varient d’un vodun à l’autre et d’un couvent à l’autre : ce qui est permis ici est fermé ailleurs.
Faut-il croire pour que ça marche ? La tradition ne demande pas d’adhésion préalable. Elle demande de dire la vérité pendant la lecture et de tenir ce qui a été convenu ensuite. Beaucoup de mes consultants sont chrétiens ou musulmans, et j’ai écrit sur cette coexistence.
Un mot pour finir
Si vous cherchez quelqu’un qui accepte tout, vous le trouverez sans difficulté. Ce sont les plus nombreux et les plus visibles.
Si vous cherchez quelqu’un qui travaille dans une règle, posez-lui les questions de cet article avant de parler de votre problème. Vous pouvez commencer par m’écrire ici : page de contact.