Zangbeto, Egungun, Gèlèdé : qui sont les gardiens masqués et ce qu'ils font vraiment
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Vodoun & Culture

Zangbeto, Egungun, Gèlèdé : qui sont les gardiens masqués et ce qu'ils font vraiment

Portrait de Da Hyppolite GLÉLÉ Da Hyppolite GLÉLÉ

Zangbeto, Egungun et Gèlèdé ne sont pas des vodun : ce sont trois sociétés initiatiques du Bénin, avec des fonctions distinctes. Voici qui elles sont, ce qu’elles font, et ce qui reste invisible au spectateur.

On les photographie beaucoup et on les explique mal. Les guides touristiques en font des attractions, les films en font des monstres. Ce sont d’abord des institutions, aussi sérieuses qu’un tribunal ou qu’un conseil de famille.

Ce qu’est une société masquée

Une société initiatique fermée, dont les membres ont été reçus après une formation, et qui remplit une fonction précise dans la communauté. Le masque n’est pas un costume : dans la logique du rite, ce qui apparaît n’est pas un homme déguisé, c’est une présence.

Elles ne relèvent pas du panthéon des vodun, même si elles vivent dans le même monde religieux et suivent les mêmes principes. Les types de vodoun et les sociétés masquées sont deux ordres différents, et les confondre est l’erreur la plus courante.

Le Zangbeto : la garde de la nuit

Où. Surtout à Porto-Novo et sur la côte, en pays gun et parmi les populations de la lagune.

Sa fonction. Le Zangbeto est le gardien de la nuit. Avant l’existence d’une police d’État, c’est lui qui assurait l’ordre nocturne, surveillait les quartiers, dissuadait les voleurs et sanctionnait. Cette fonction n’a pas disparu : dans de nombreux quartiers, le Zangbeto reste une autorité que l’on consulte pour des affaires de vol, de limite de terrain, de trouble récurrent.

Ce qu’on en voit. La grande forme conique, faite de fibres et de raphia, qui tourne sur elle-même. Les sorties publiques accompagnent les fêtes et les événements importants ; ce sont des démonstrations, la partie visible d’une institution qui travaille surtout la nuit et hors des regards.

Ce qu’on n’en voit pas. L’organisation interne, les grades, la manière dont les affaires sont jugées, et les règles qui encadrent une sortie. Rien de cela ne se raconte à l’extérieur.

L’Egungun : la voix des ancêtres

Où. Dans l’est du Bénin, à Porto-Novo, Kétou, Pobè, Sakété, et partout où le fond nago-yoruba est présent.

Sa fonction. L’Egungun, ou Egun, manifeste le retour des ancêtres parmi les vivants. Il parle au nom des morts, transmet des paroles, règle des affaires laissées ouvertes, rappelle des obligations. C’est une institution de mémoire et de continuité du lignage.

Ce qu’on en voit. Des costumes de tissus superposés, riches, cousus par les familles, qui ne laissent apparaître aucune partie du corps. Une règle stricte accompagne toute sortie : on ne touche pas un Egungun, on ne se met pas sur son passage, et des accompagnateurs munis de bâtons veillent à faire respecter la distance. Ce n’est pas une mise en scène pour les visiteurs, c’est une nécessité rituelle.

Pourquoi cela compte pour un consultant. Beaucoup d’affaires que je lis remontent à un ancêtre dont l’obligation n’a pas été honorée. Là où existe une société Egungun, c’est souvent par elle que la réparation passe.

Le Gèlèdé : la puissance des mères

Où. Dans l’aire nago du Bénin, autour de Kétou et Sakété, et de l’autre côté de la frontière au Nigeria.

Sa fonction. Le Gèlèdé honore la puissance des femmes, des mères et des aïeules, cette force qui donne la vie et qui peut aussi la retenir. Ses cérémonies apaisent, remercient, et rappellent la place du féminin dans l’équilibre de la communauté.

Ce qu’on en voit. Des masques sculptés portés sur la tête, souvent surmontés de scènes entières, et des danses qui commentent la vie du village avec une liberté de parole rare : le Gèlèdé se moque, dénonce, corrige. C’est un théâtre social autant qu’un rite.

Sa reconnaissance. Le Gèlèdé est inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. C’est l’une des rares traditions de cette aire à bénéficier d’une telle protection.

Une précision utile. Les masques sont portés par des hommes, alors que le culte honore le féminin. Cela surprend souvent, et cela dit quelque chose de juste : il s’agit de rendre hommage à une puissance, pas de représenter des personnes.

Ce que les trois ont en commun

Une initiation, donc un savoir fermé. Une fonction sociale réelle : ordre, mémoire, équilibre. Des règles de comportement pour ceux qui assistent. Et une part de leur activité qui ne se voit jamais, parce qu’elle se passe entre initiés.

Aucune n’est un divertissement, et aucune ne se commande pour une soirée.

Si vous assistez à une sortie

Demandez la permission avant de photographier, et acceptez un refus. Restez à la distance indiquée par les accompagnateurs. Ne touchez jamais un masque ni un costume. Ne franchissez pas une limite matérialisée au sol. Habillez-vous sobrement, et si l’on vous demande de découvrir votre tête ou de retirer vos chaussures à un endroit, faites-le.

Passez par quelqu’un du lieu. Une sortie n’est pas un spectacle public dont on comprend le sens en regardant, et un accompagnateur local vous évitera de commettre sans le savoir quelque chose de grave.

Ce que ces sociétés ne sont pas

Ce ne sont pas des divinités. Ce ne sont pas des instruments de sorcellerie. Ce ne sont pas des groupes folkloriques, même quand ils se produisent lors de festivals.

Et ce ne sont pas des services auxquels on s’adresse pour régler une affaire personnelle à distance : cela passe par une famille, un lieu, une communauté.

Les questions qu’on me pose

Le Zangbeto est-il un vodun ? Non. C’est une société initiatique avec une fonction de garde. Elle appartient au même monde religieux, elle n’est pas une divinité du panthéon.

Que se passe-t-il si on touche un Egungun ? La règle est stricte et la réaction immédiate : les accompagnateurs interviennent pour écarter la personne. Selon les lieux, une réparation peut être demandée à la famille du fautif. Ce n’est pas une superstition à prendre à la légère quand on est de passage.

Les femmes peuvent-elles voir ces sorties ? Les sorties publiques sont vues par tout le monde. L’accès aux sociétés elles-mêmes suit des règles propres à chacune et à chaque localité, et elles ne sont pas identiques d’un endroit à l’autre.

Peut-on photographier ? Demandez toujours. Certaines sorties l’acceptent, d’autres l’interdisent absolument, et la réponse peut dépendre du moment de la cérémonie.

Le Gèlèdé est-il réservé aux femmes ? Il honore le féminin, mais la société qui le porte comprend des hommes, et les masques sont portés par eux. L’organisation varie selon les localités.

Où voir ces sorties au Bénin ? Porto-Novo pour le Zangbeto, l’est du pays pour l’Egungun et le Gèlèdé, et les grandes fêtes comme celles du 10 janvier pour des démonstrations. Les Vodun Days rassemblent beaucoup de ces sorties au même endroit.

Pour comprendre plutôt que regarder

Si vous préparez une visite ou si votre famille est liée à l’une de ces sociétés et que vous ne savez pas ce que cela vous engage, écrivez-moi par la page de contact.

C’est souvent là que les choses se jouent : non dans ce qu’on voit sortir dans la rue, mais dans ce qu’un lignage a promis et n’a pas tenu.

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Commentaires

1 commentaire

Photo de Jean ABALO
Jean ABALO
Merci d'avoir précisé dès le début que ce ne sont pas des vodun mais des sociétés initiatiques — c'est la confusion que je fais depuis toujours. La partie sur la conduite à tenir quand on assiste à une sortie devrait être lue par tous les visiteurs.

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