Le Fa expliqué : les 16 dou, les 256 signes et le rôle du bokonon
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Divination & Guidance Spirituelle

Le Fa expliqué : les 16 dou, les 256 signes et le rôle du bokonon

Portrait de Da Hyppolite GLÉLÉ Da Hyppolite GLÉLÉ

Le Fa est la partie de notre tradition qu’on explique le moins et qu’on invoque le plus. « J’ai consulté le Fa », entend-on partout. Très bien. Mais que s’est-il passé exactement pendant cette consultation ?

Je vais le décrire, sans mystère inutile. Ce qui doit rester dans le couvent y restera de toute façon.

Ce qu’est le Fa

Le Fa est à la fois une divinité et un système. Les anciens le décrivent comme un livre ouvert sur le passé, le présent et l’avenir. Ce n’est pas une image poétique : c’est littéralement un corpus, immense, transmis oralement, organisé en signes.

Au Nigeria, le même système s’appelle Ifa, au Togo Afa. C’est une même science divinatoire qui traverse tout le golfe de Guinée, et l’UNESCO a d’ailleurs reconnu le système Ifa comme patrimoine oral de l’humanité. Chez nous, on dit Fa, et son porte-parole est Orunmila.

Le principe est binaire. Chaque tirage produit une figure faite de traits simples ou doubles. La figure renvoie à un corpus de récits. Le bokonon lit, interprète, situe.

Les seize signes mères

Tout part de seize figures fondamentales, appelées dou-medji ou signes mères. Chacune porte un nom, un élément, un tempérament, des interdits, des maladies associées, des métiers, des animaux.

Ogbè, Yèkou, Woli, Odi, Losso, Winlin, Abla, Aklan, Guda, Sa, Ka, Trukpin, Tula, Lètè, Tchè, Fu.

Chaque signe a un sexe et un élément : Ogbè est masculin et relève de l’eau, Yèkou est féminin et relève de l’eau également, Woli est masculin et relève de la terre, et ainsi de suite. Un bokonon qui vous annonce votre signe vous annonce en réalité une configuration, pas une étiquette.

Comment on arrive à deux cent cinquante-six

C’est là que les gens décrochent, alors que le calcul est simple.

L’instrument de tirage, l’agumaga en fon — opèlè chez les Yoruba —, est un chapelet composé de huit demi-noix enfilées sur une cordelette. Le bokonon le tient par le milieu. Il a donc deux branches de quatre demi-noix chacune.

Quand il jette le chapelet, chaque demi-noix tombe côté concave ou côté convexe. Quatre positions par branche, deux états possibles : chaque branche produit l’une des seize figures de base. Deux branches, seize possibilités chacune : seize fois seize font deux cent cinquante-six.

Parmi ces deux cent cinquante-six combinaisons, seize sont des signes redoublés, identiques sur les deux branches : ce sont les dougan, les signes mères. Les deux cent quarante autres sont des signes composés, les douvi.

Chaque combinaison porte seize versets, ce qui fait un corpus théorique de plus de quatre mille récits. Personne ne les connaît tous. Un bon bokonon en maîtrise beaucoup, un bokonon honnête vous dira lesquels il ne maîtrise pas.

L’autre instrument : les noix sacrées

À côté du chapelet, il y a la méthode aux noix de palme, plus lente et plus solennelle. Le bokonon manipule seize noix consacrées, les fait passer d’une main à l’autre, et marque sur le plateau — le fa te, saupoudré de poudre — les traits obtenus.

Cette méthode est réservée aux consultations lourdes : révélation du signe de naissance, entrée dans le Fa, décisions engageant toute une lignée. Le chapelet sert au quotidien.

Le bokonon

Le mot désigne le prêtre du Fa. Chez les Yoruba, on dit babalawo, « le père du secret ».

Ce n’est pas un devin de marché. C’est un homme formé pendant des années, qui a mémorisé des centaines de versets, qui connaît les plantes, les interdits, les correspondances. Dans les villages, il tient à la fois du diagnosticien, du conseiller de famille et de ce qu’on appellerait ailleurs un psychologue. On vient le voir pour un mariage, un voyage, une maladie, un procès, un enfant qui ne parle pas.

Un point qu’on ignore souvent : aucun praticien du vodoun ne peut s’installer sans avoir d’abord consulté le Fa pour savoir sous quel signe il doit officier. Le Fa précède même le prêtre.

Comment se déroule une consultation

Il y a un ordre, et il ne varie pas beaucoup.

Le bokonon salue d’abord Legba, puis le Fa. Il présente le consultant, souvent sans que celui-ci ait dit son problème — c’est une pratique courante que de laisser le Fa parler en premier.

Le consultant murmure sa question dans sa main, ou sur une pièce, ou sur une noix de cola, puis la dépose.

Le bokonon jette. Il obtient un signe. Il jette encore pour préciser : la tradition prévoit généralement un tirage principal et deux tirages complémentaires, destinés à déterminer si la réponse est favorable, ce qui la bloque, et ce qu’il faut faire.

Il récite alors les versets associés. Ce sont des récits : tel personnage se trouvait dans telle situation, il a consulté, on lui a prescrit ceci, voilà ce qui est arrivé. C’est au consultant, guidé par le bokonon, de reconnaître sa propre situation dans le récit.

Enfin vient la prescription, s’il y en a une : une offrande, un interdit à respecter, un rituel, ou parfois rien du tout.

Ce que le Fa ne fait pas

Il ne prédit pas l’avenir comme un bulletin météo. Le mot « prédiction » induit en erreur : le Fa décrit une configuration et les chemins qu’elle ouvre ou ferme. Ce que vous en faites vous appartient.

Il ne donne pas de dates, de numéros, de noms d’amants. Un « voyant » qui vous annonce que votre mari reviendra le 14 du mois prochain n’a pas consulté le Fa. Il a improvisé.

Il ne se pratique pas par écran interposé sans lien réel. La consultation à distance est possible — je la pratique — mais elle suppose un tirage réel, effectué par un bokonon, pas un algorithme ni une réponse préparée à l’avance.

Et il ne dispense pas de médecin, d’avocat ou de comptable. Le Fa éclaire la dimension invisible d’une situation. Le reste relève de vous et des professionnels compétents.

Pourquoi il vient toujours en premier

Dans la logique vodoun, faire un rituel sans consultation revient à prescrire un traitement sans diagnostic. On ne sait pas à quel vodoun s’adresser, on ne sait pas quelle est la cause, on ne sait même pas si le problème présenté est le vrai problème.

C’est la raison pour laquelle je refuse régulièrement des demandes. Une femme vient pour un retour affectif, le Fa parle d’une dette familiale non réglée : le rituel demandé n’aurait rien produit, sinon de la déception et une facture.

Questions fréquentes

Quelle différence entre le Fa et la voyance ? La voyance repose sur une perception. Le Fa repose sur un système de signes et un corpus mémorisé. Un bokonon lit une figure, il ne « voit » pas.

Peut-on connaître son signe de naissance ? Oui, par une cérémonie de révélation du Fa, distincte d’une consultation ordinaire. Elle se prépare et engage la famille.

Combien de temps dure une consultation ? Une consultation courante prend entre trente minutes et une heure et demie selon la complexité. Une révélation de signe se déroule sur plusieurs jours.

Faut-il dire son problème au bokonon ? Souvent, non, pas au début. Beaucoup de bokonon préfèrent que le Fa parle en premier. Vous préciserez ensuite.

Le Fa peut-il se tromper ? Le Fa, non. Le lecteur, oui. C’est pour cela que les tirages sont multiples et que les bons praticiens vérifient avant de conclure.

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