Vodoun & Culture
Acheter un objet vodoun au Bénin : ce qui se vend, ce qui ne devrait pas, ce qui vous coûtera cher
Da Hyppolite GLÉLÉ
Les marchés de Cotonou et de Bohicon en proposent par centaines, les galeries européennes en vendent entre deux cents et mille cinq cents euros, et les voyageurs repartent avec un objet dont ils ne savent rien. Voici ce que ces objets sont réellement, ce qu’on peut acheter sans problème, ce qui n’aurait jamais dû être en vente, et ce qui peut vous valoir une saisie à l’aéroport.
Je ne vends aucun objet, et cet article ne renvoie vers aucun vendeur. C’est une réponse à une question qu’on me pose constamment.
Trois catégories qu’il faut distinguer
L’objet d’artisanat. Sculpté pour être vendu, jamais destiné à autre chose. Un bronze, une statuette, un masque décoratif. Il n’a rien de rituel, il n’a jamais rien porté, et l’acheter ne pose strictement aucun problème.
L’objet rituel de forme, jamais activé. C’est le gros du marché « authentique ». La forme est juste, les matériaux ressemblent, la patine est parfois vieillie exprès. Mais rien n’a été fait dessus : ni parole, ni consécration, ni destinataire. Ce n’est pas un objet de culte, c’est une reproduction vendue comme telle. Vous payez cher un artisanat honnête présenté malhonnêtement.
L’objet qui a servi. Celui-là ne devrait pas se trouver sur un étal. S’il y est, c’est qu’il a été volé, vendu par une famille en difficulté, ou récupéré après un décès sans que rien n’ait été fait. C’est le seul cas qui pose un vrai problème, et il est plus rare qu’on ne le dit.
Ce qu’est un bo, et pourquoi cela change tout
Ce que le vocabulaire courant appelle un « fétiche » désigne ici, le plus souvent, un objet fabriqué pour une personne précise, dans une situation précise, avec une parole prononcée dessus.
Ce n’est pas l’objet qui agit. C’est ce qui a été dit, par qui, et pour qui. Les matériaux sont un support, pas une source.
Deux conséquences pratiques, et elles répondent aux deux peurs les plus répandues.
Un objet acheté sur un marché ne fera rien pour vous, quelle que soit la somme versée : il n’a pas été fait pour vous et personne n’a parlé dessus.
Et il ne vous portera pas malheur non plus. L’idée qu’un objet rapporté d’Afrique attirerait le malheur dans une maison européenne appartient au cinéma, pas à cette tradition. Elle relève des mêmes clichés que ceux examinés dans le vodoun est-il dangereux : douze idées reçues.
Ce qui n’aurait jamais dû être vendu
Les hohovi. Les statuettes de jumeaux décédés, lavées, nourries et portées par une famille pendant des années. On en trouve dans les galeries et sur les sites d’enchères. Chacune appartenait à quelqu’un. Ce que cela représente est expliqué dans Hoho, le culte des jumeaux au Bénin.
Les objets d’autel familial. Ce qui a été installé pour une maison et pour un lignage.
Les objets liés aux morts et aux ancêtres.
Si un vendeur vous certifie qu’une pièce « a réellement servi », il vous dit soit un mensonge commercial, soit qu’elle a été prise quelque part. Dans les deux cas, il n’y a pas de bonne raison de l’acheter.
Le risque légal, qui est réel
C’est le point que les guides touristiques ne mentionnent jamais, et il coûte cher.
Beaucoup d’objets exposés sur les marchés comportent des parties animales : peaux, crânes, cornes, plumes, écailles, dents, carapaces. Une partie de ces espèces est protégée par la convention internationale sur le commerce des espèces menacées.
Transporter cela sans autorisation, c’est une saisie à l’arrivée, une amende, et dans certains pays une procédure. L’ivoire, les écailles de pangolin, les peaux de félins et de reptiles protégés, les carapaces de tortue marine, les plumes de rapaces figurent parmi ce qui est le plus régulièrement intercepté.
Le vendeur ne vous préviendra pas. La douane, elle, ne discutera pas.
Il existe par ailleurs des règles sur l’exportation des biens culturels anciens, et une pièce présentée comme ancienne peut poser un problème à la sortie comme à l’entrée.
Ce que vous pouvez rapporter sans aucune difficulté
Les tissus, le wax au mètre, les tenues.
Les bronzes, les laitons, les objets de fonderie.
Les perles, les bijoux, les colliers.
Les sculptures d’artisanat, les tabourets, les instruments de musique.
Les appliqués d’Abomey, ces tentures cousues qui racontent les emblèmes royaux, qui sont un artisanat magnifique et parfaitement destiné à la vente.
Vous ramènerez quelque chose de beau, fabriqué par quelqu’un qui vit de son travail, sans avoir à vous demander d’où cela vient.
Les questions à poser avant d’acheter
Qui l’a fait, et quand ? Un artisan qui répond « c’est moi, l’an dernier » vous vend quelque chose de clair.
Est-ce que cela a servi ? Si la réponse est oui, passez votre chemin.
Y a-t-il des matières animales dedans ? Regardez vous-même : peau, plume, os, écaille.
Et surtout : refusez les histoires. Le vendeur qui vous raconte que la pièce a été volée dans un couvent, ou qu’elle est chargée d’une puissance, vous vend un récit. Le prix est dans le récit, pas dans l’objet.
Si vous héritez d’un objet
C’est une situation fréquente : un parent est décédé, il rapportait des objets d’Afrique, et la famille ne sait qu’en faire.
Ne le jetez pas à la poubelle, et ne le brûlez pas dans le jardin par précaution. Non pas parce qu’il se vengerait, mais parce que si l’objet a réellement appartenu à quelqu’un, il y a mieux à faire.
Photographiez-le, décrivez-le, et demandez. Un musée, un spécialiste, ou quelqu’un de la tradition pourra vous dire ce que c’est. Dans l’immense majorité des cas, la réponse sera : un objet d’artisanat, que vous pouvez garder, donner ou vendre sans état d’âme.
Les questions qu’on me pose
Peut-on acheter un fétiche au marché aux fétiches ? Vous y achèterez des ingrédients et des objets vendus aux visiteurs. Ce que vous n’y achèterez pas, c’est un objet qui agit pour vous.
Un objet vodoun peut-il porter malheur chez moi ? Non. Cette crainte est très répandue et elle n’a pas de fondement dans cette tradition.
Peut-on en faire un objet de décoration ? Un objet d’artisanat, oui, sans hésiter. Un objet qui a servi, non — mais celui-là, vous ne devriez pas l’avoir acheté.
Comment savoir si une pièce est authentique ? La question est mal posée. Ce qui compte n’est pas l’ancienneté, c’est de savoir si elle a été prise à quelqu’un.
Peut-on commander un objet de protection depuis l’étranger ? Un objet fait pour vous suppose une lecture préalable et une parole prononcée. Ce qui s’achète en ligne sous ce nom relève de ce que j’ai décrit dans féticheur, marabout, bokonon, charlatan.
Et les amulettes qu’on voit porter au Bénin ? Elles sont faites pour une personne, avec des interdits attachés. Le sujet est traité dans amulettes et talismans vodoun.
Si vous préparez un voyage
Achetez de l’artisanat, payez-le sans marchander à l’excès, et vérifiez qu’il n’y a pas de matière animale dedans. C’est tout ce qu’il faut retenir.
Et si vous venez pour autre chose que le tourisme, ce n’est pas un objet qu’il vous faut : écrivez-moi avant de partir par la page de contact, et lisez d’abord Ouidah, capitale spirituelle du vodoun.
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