Divination & Guidance Spirituelle
Féticheur, marabout, bokonon, charlatan : qui fait quoi réellement
Da Hyppolite GLÉLÉ
« Féticheur », « marabout », « charlatan », « guérisseur », « voyant » : ces mots sont utilisés comme s’ils étaient interchangeables, y compris par des gens qui cherchent sérieusement de l’aide. Ils ne le sont pas. Voici ce que chacun recouvre, et surtout comment reconnaître celui qui n’est aucun des trois.
Une précision d’abord, parce qu’elle éclaire tout le reste : le mot « féticheur » n’est pas un mot d’ici.
D’où vient le mot « féticheur »
Il vient du portugais feitiço, employé par les navigateurs qui, sur cette côte, ont appelé « fétiches » des objets de culte qu’ils ne comprenaient pas. Le mot est resté, il a été repris par l’administration coloniale, puis par la presse, et il est aujourd’hui utilisé par les Africains eux-mêmes.
Il porte encore ce qu’on y a mis : quelque chose de grossier, de primitif, d’un peu louche. C’est pour cela qu’il sert si facilement à désigner les autres et jamais soi-même.
Je ne demande à personne de cesser de l’employer. Je dis seulement qu’il ne désigne aucune fonction précise, et qu’on ne peut donc pas s’en servir pour distinguer quoi que ce soit.
Les fonctions réelles, telles qu’on les nomme ici
Le vodounon. Le prêtre d’un vodun. Il a été initié dans un couvent, il sert une divinité précise, il a une communauté et une hiérarchie au-dessus de lui. Ce qu’il peut faire dépend de ce qu’il sert : il n’est pas polyvalent. Ce que ce parcours implique est décrit dans l’initiation vodoun.
Le bokonon. Le devin du Fâ. Sa formation est longue et spécifique : il doit connaître les signes et les récits qui les accompagnent. C’est lui qui lit avant qu’un travail soit engagé, comme l’explique l’article sur les 16 dou et les 256 signes.
Celui qui connaît les plantes. La pharmacopée est un savoir en soi, transmis, avec ses dosages et ses interdits. Il peut être initié ou non. C’est ce que recouvre en partie l’article sur les plantes sacrées du Bénin.
Ces fonctions se cumulent parfois chez une même personne. Elles ne se confondent pas.
Le marabout, qui relève d’autre chose
Le marabout appartient à l’islam d’Afrique de l’Ouest. Ses références sont le Coran, les sciences qui s’y rattachent, une transmission de maître à élève dans les confréries.
Ce n’est ni supérieur ni inférieur à la tradition d’ici. C’est autre chose, avec ses propres règles et sa propre déontologie, et un marabout sérieux vous le dira lui-même.
Le mot a été abîmé par les cartes de visite distribuées dans les boîtes aux lettres européennes, qui promettent le retour de l’être aimé sous quarante-huit heures. Ceux-là ne sont pas des marabouts. Ce sont des annonceurs.
Le charlatan n’est pas un métier
C’est le point le plus important de cet article. « Charlatan » ne désigne pas une catégorie de praticiens : cela désigne une manière d’opérer, et on la trouve dans toutes les traditions, y compris la mienne.
Voici ce qui la caractérise, et ces signes valent pour tout le monde, quel que soit le titre affiché.
Il garantit un résultat. Personne de sérieux ne garantit un résultat, parce que personne ne contrôle la volonté des autres ni le cours des choses.
Il crée l’urgence. « Il faut agir avant la nouvelle lune », « votre vie est en danger cette semaine ». La peur est son outil de vente.
Le prix monte en cours de route. Un premier versement, puis un obstacle apparaît, puis un second versement. C’est le schéma classique et il ne s’arrête que quand vous vous arrêtez.
Il désigne un coupable dès le premier échange. Votre belle-mère, une coépouse, un collègue. C’est efficace, cela vous fait adhérer, et cela détruit des familles entières.
Il exige le secret. « N’en parlez à personne, sinon cela ne marchera pas. » Cette phrase n’a qu’une fonction : vous empêcher de demander conseil à quelqu’un de lucide.
Il n’existe que par téléphone. Pas de lieu, pas de communauté, pas de nom vérifiable, pas de personne qui puisse répondre de lui. Uniquement des numéros et des captures d’écran de témoignages.
Il cible la diaspora. Parce que la distance empêche toute vérification et parce que les montants demandés y sont plus élevés.
J’ai détaillé la démarche inverse dans reconnaître un vrai prêtre vodoun : huit vérifications.
« Quel pays est le plus fort ? »
C’est une question très recherchée, et il faut y répondre franchement : aucun.
La réputation d’un pays — le Bénin, le Togo, le Mali, le Sénégal — est un argument de vente, utilisé par des gens qui ne s’y trouvent souvent même pas. Elle ne dit rien de la compétence de celui à qui vous parlez.
Ce qui compte n’est pas d’où vient quelqu’un, c’est s’il est identifiable, rattaché à une communauté, et capable de dire non.
Le meilleur test, en une phrase
Demandez-lui ce qu’il ne fait pas.
Quelqu’un de formé a des limites et il les connaît : des demandes qu’il refuse, des situations qu’il renvoie vers un médecin, des cas où il dit que ce n’est pas son domaine. J’ai écrit un article entier sur trois cas où l’éthique exige de refuser.
Celui qui peut tout faire ne fait rien.
Les questions qu’on me pose
Comment savoir si c’est un vrai marabout ? Les mêmes repères s’appliquent : un lieu, une communauté, des références vérifiables, pas de garantie de résultat, pas d’urgence, pas de secret imposé.
Quelle différence entre un féticheur et un sorcier ? Le sorcier, dans le langage d’ici, désigne celui qui nuit. Ce n’est pas une fonction reconnue ni un métier, c’est une accusation. Et une accusation demande à être vérifiée, jamais reprise telle quelle.
Un prêtre vodoun peut-il faire du mal ? Un homme peut mal agir dans n’importe quelle tradition. C’est précisément pourquoi il faut regarder à qui l’on s’adresse plutôt que l’étiquette qu’il porte.
Faut-il payer une consultation ? Oui, une contribution est normale et elle est annoncée avant. Ce qui n’est pas normal, c’est un prix qui augmente en cours de route.
Peut-on consulter à distance ? Oui, cela se fait, et c’est décrit dans voyance à distance : comment se déroule une consultation. Ce qui doit alerter, ce n’est pas la distance, c’est l’absence totale d’identité vérifiable derrière le numéro.
Si vous hésitez sur quelqu’un
Posez-lui les questions de cet article avant de verser quoi que ce soit. Ses réponses vous apprendront plus que n’importe quel témoignage affiché sur une page.
Et si vous voulez simplement savoir ce que votre situation demande réellement, écrivez-moi par la page de contact.
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