Vodoun & Culture
Hoho : le culte des jumeaux au Bénin, ses règles et ses interdits
Da Hyppolite GLÉLÉ
Au Bénin, la naissance de jumeaux n’est pas un fait divers familial : c’est un événement qui engage toute une maison. Statuettes de bois portées comme des enfants, quêtes chantées dans les rues, interdits transmis aux parents, fête annuelle. Voici ce qu’est le Hoho, ce qu’il demande, et ce que la rumeur y a ajouté.
Le pays a l’un des taux de naissances gémellaires les plus élevés au monde, et une tradition qui s’est construite autour depuis longtemps. Les deux choses vont ensemble.
Ce que sont les jumeaux dans la tradition
Ils ne sont pas considérés comme deux enfants ordinaires nés en même temps. Ils forment une unité, et ils arrivent avec une part de puissance qui ne se discute pas : ils sont honorés comme des vodun dans la maison.
Cette place a des conséquences immédiates. On ne leur refuse pas ce qu’ils demandent à la légère. Ce que l’on donne à l’un, on le donne à l’autre. Et quelque chose leur est dû, régulièrement, sous forme d’offrandes simples.
On les appelle Hoho ou Hôxô chez les Fon, Vênavi chez les Ewé, Ibeji chez les Yoruba. C’est la même réalité, avec des mots et des usages différents selon le peuple et la région.
Les noms
Chez les Fon, les jumeaux reçoivent des noms rituels liés à leur ordre d’arrivée, et l’enfant qui naît après eux en reçoit un également — Dosu pour un garçon, Dosi pour une fille. Ces noms ne sont pas décoratifs : ils inscrivent l’enfant dans une position, avec ce qu’elle implique.
Les appellations varient d’une région à l’autre et d’un lignage à l’autre. Vous entendrez des versions différentes selon que vous êtes à Abomey, à Ouidah ou en pays adja, et elles sont toutes justes chez elles.
Le hohovi, statuette du jumeau décédé
C’est ce qui frappe le plus les visiteurs, et ce qu’ils comprennent le moins.
Quand un jumeau meurt, une statuette de bois est sculptée pour lui. Elle n’est pas un souvenir posé sur une étagère : elle est lavée, huilée, habillée, nourrie, portée. Une mère peut la porter dans le dos comme elle porte l’enfant vivant, et servir sa part au moment des repas.
La logique est simple une fois qu’on l’accepte : les jumeaux forment une unité, et cette unité ne se défait pas parce que l’un est parti. Rompre le lien du côté du vivant reviendrait à l’amputer.
Ce n’est ni du fétichisme ni un refus du deuil. C’est une manière de tenir ensemble ce qui est né ensemble.
Ce que les familles doivent
Des offrandes régulières, simples le plus souvent : de l’eau, de l’huile de palme, des plats préparés à certaines occasions, du haricot ou de la pâte selon les usages du lignage.
Un jour retenu dans le calendrier de la maison, où l’on s’occupe des jumeaux.
Et la quête, que beaucoup de gens ont vue sans savoir ce qu’elle était : des mères de jumeaux qui vont de porte en porte avec un plat, en chantant, pour recueillir de quoi honorer les enfants. Ce qui est donné n’est pas une aumône. C’est une participation, et il est mal vu de refuser.
Les interdits
Ils varient selon les familles, et c’est la première chose à comprendre : il n’existe pas de liste universelle.
Ce qui revient partout, en revanche, tient en peu de mots. On ne frappe pas des jumeaux. On ne les humilie pas. On ne favorise pas l’un au détriment de l’autre. On ne refuse pas ce qui leur est dû.
Le reste — aliments, couleurs, jours, gestes — est propre à chaque lignage, transmis aux parents au moment où c’est nécessaire, et n’a pas à être cherché ailleurs.
La fête des jumeaux
Elle rassemble les familles concernées, avec chants, danses, plats partagés et offrandes collectives. Les statuettes des jumeaux disparus y sont présentes au même titre que les enfants vivants.
C’est un moment joyeux, et il faut le dire parce que l’image extérieure du vodoun est rarement celle-là. Ceux qui ne connaissent que les reportages sur les masques et les cérémonies nocturnes sont surpris de découvrir une fête d’enfants.
Ce que la rumeur ajoute
Il se dit que les jumeaux ont un pouvoir mystique, qu’ils voient ce que les autres ne voient pas, qu’ils peuvent nuire à qui les contrarie, ou même qu’ils seraient des sorciers.
Voici ce que la tradition dit réellement : les jumeaux sont honorés, ce qui n’est pas la même chose que redoutés. Ils ne sont pas des devins, ils ne portent pas malheur, et ils ne sont responsables de rien de ce qui arrive dans la maison.
Cette confusion fait des dégâts. Des enfants grandissent avec une réputation qu’ils n’ont pas choisie, et des familles en difficulté finissent par leur attribuer leurs revers. Ce qui est demandé aux parents, c’est du respect et de la régularité, pas de la crainte.
Quant à l’idée que le culte des jumeaux serait une pratique dangereuse, elle relève des mêmes clichés que ceux examinés dans les douze idées reçues sur le vodoun.
Ce que la modernité a changé
Les familles se dispersent, une partie vit à l’étranger, et les obligations deviennent difficiles à tenir à distance. On voit aujourd’hui des statuettes conservées au pays et entretenues par un parent, des jours d’offrande décalés, des contributions envoyées.
Cela s’aménage, dans une certaine mesure. Ce qui ne s’aménage pas, c’est l’abandon pur et simple, quand plus personne ne s’en occupe et que la maison s’étonne ensuite que quelque chose se soit refermé.
Les statuettes vendues sur les marchés d’art sont un autre sujet. Celles qui ont servi ne devraient pas s’y trouver, et acheter un hohovi ancien pour le poser dans un salon revient à emporter chez soi quelque chose qui appartenait à une famille.
Les questions qu’on me pose
Les jumeaux ont-ils un pouvoir mystique ? Ils occupent une place particulière et reçoivent des honneurs. Cela ne fait ni des voyants ni des sorciers.
Que faire quand un jumeau meurt ? Cela se règle dans la famille, avec ceux qui connaissent les usages du lignage. Le hohovi ne se commande pas à un artisan quelconque.
Peut-on entretenir des jumeaux depuis l’étranger ? En partie, et à condition que quelqu’un s’en occupe sur place. C’est une question qui revient souvent chez ceux qui m’écrivent depuis l’Europe ou l’Amérique.
Faut-il être vodoun pour honorer ses jumeaux ? Beaucoup de familles chrétiennes et musulmanes du sud du Bénin maintiennent ces usages. Le sujet est traité dans peut-on être chrétien, musulman et vodoun au Bénin.
Que se passe-t-il si on ne fait rien ? Il ne se passe rien de spectaculaire, et c’est justement ce qui trompe. Ce qui se constate, c’est une famille qui se demande des années plus tard pourquoi les mêmes choses reviennent au même endroit.
Où voit-on cela au Bénin ? Partout dans le sud, et particulièrement dans les régions où le culte est le plus vivant. Ouidah en donne un aperçu, comme le décrit l’article sur Ouidah, capitale spirituelle du vodoun.
Si votre famille est concernée
Beaucoup de gens m’écrivent parce qu’ils ont des jumeaux dans leur ascendance et que personne ne leur a transmis ce qu’il fallait faire. C’est fréquent, et cela se rattrape.
Écrivez-moi par la page de contact en précisant qui, dans la famille, et ce qui a été fait ou non. La lecture dira ce qui reste à reprendre.
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