Les orphelins dans la tradition béninoise : place et devoirs
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Protection & Purification

Les orphelins dans la tradition béninoise : place et devoirs

Portrait de Da Hyppolite GLÉLÉ Da Hyppolite GLÉLÉ

Les orphelins dans la tradition béninoise : place et devoirs

Dans la conception béninoise de la famille, un enfant qui perd ses parents ne devient pas un enfant sans famille. La lignée est plus large que le foyer, et elle a des devoirs précis envers lui. Cette organisation a longtemps constitué une protection remarquable. Elle reste solide, mais elle rencontre aujourd hui des difficultés qu il faut regarder en face.

Le principe : l enfant appartient à la lignée

Quand un père meurt, ses frères deviennent pères. Quand une mère meurt, ses sœurs deviennent mères. Ce n est pas une image : c est une règle de fonctionnement. L oncle paternel, la tante maternelle, la grand-mère prennent en charge l enfant, l intègrent à leur foyer, l élèvent avec les leurs.

La langue elle-même porte cette conception. Dans plusieurs langues du Bénin, on ne distingue pas nettement le frère du cousin, ni l oncle du père. L enfant grandit avec plusieurs adultes responsables de lui.

Ce système a évité à des générations d enfants béninois de se retrouver à la rue. C est une force réelle, et il faut le dire au moment où l on parle beaucoup des faiblesses des sociétés africaines.

Les devoirs envers l orphelin

La tradition ne se contente pas d attribuer l enfant à quelqu un. Elle énonce des obligations. Le nourrir comme ses propres enfants. Le scolariser au même titre. Le faire participer aux fêtes de la famille. Le présenter aux ancêtres. Protéger sa part d héritage jusqu à sa majorité.

Ce dernier point est essentiel et souvent malmené. Les biens du parent défunt reviennent à l enfant, pas à celui qui l accueille. Le tuteur en est le gardien, pas le propriétaire.

Les rites d intégration jouent également un rôle : l enfant est présenté aux ancêtres de la maison qui l accueille, ce qui le rattache spirituellement et publiquement à ce foyer. La communauté sait qui répond de lui.

Les difficultés réelles

Il serait malhonnête de peindre un tableau idéal. Plusieurs problèmes reviennent régulièrement.

La spoliation. Des biens du défunt qui disparaissent, une maison occupée, un champ vendu. L enfant devient adulte sans rien de ce que ses parents lui avaient laissé.

La différence de traitement. L orphelin qui travaille plus, qui mange après, qui est déscolarisé quand les moyens manquent, pendant que les enfants biologiques continuent.

Le placement domestique. Des enfants confiés à une famille éloignée en ville et transformés en aide domestique non payée, coupés de l école. Cette pratique, parfois présentée comme un service rendu, est une forme d exploitation que la loi béninoise réprime.

Les accusations. Il arrive qu un enfant orphelin soit soupçonné d avoir causé la mort de ses parents. Ces accusations, dénuées de tout fondement, détruisent des enfants. Aucune tradition sérieuse ne les cautionne.

Ce qui protège l enfant

Quelques mesures concrètes changent tout, et elles sont à la portée des familles.

Établir les papiers. Acte de naissance, acte de décès des parents, inventaire écrit des biens laissés. Un document daté et signé devant témoins vaut mieux que toutes les promesses.

Désigner clairement un tuteur, en réunion de famille, avec des témoins des deux lignages. L ambiguïté nourrit les abus.

Maintenir la scolarité et le suivi de santé. C est le meilleur héritage que l on puisse garantir à un orphelin.

Garder le lien avec les deux familles. Un enfant élevé du côté paternel doit continuer à voir la famille de sa mère, et inversement. C est une garantie supplémentaire : deux lignages qui se surveillent protègent mieux qu un seul.

Recourir aux services sociaux quand la famille ne suit pas. Les centres de promotion sociale existent dans tout le pays et peuvent intervenir.

Le regard spirituel

La tradition béninoise considère que l enfant orphelin est particulièrement placé sous le regard des ancêtres, et notamment de ses parents disparus. Maltraiter un orphelin est perçu comme une faute grave, qui retombe sur celui qui la commet et sur sa descendance.

On peut lire cela comme une croyance ; on peut aussi y voir un mécanisme de dissuasion très efficace, inventé par une société qui savait où étaient les tentations.

Une responsabilité partagée

La famille élargie reste la première protection des orphelins au Bénin, et elle mérite d être soutenue plutôt que remplacée. Mais elle a besoin d appuis : accès à l état civil, aide à la scolarisation, veille sociale, et parfois recours juridique.

Le devoir envers l orphelin, disent les anciens, se mesure des années plus tard : à ce que l enfant est devenu.

Pour un accompagnement familial : +229 01 96 79 86 95, contact@racines-vodoun.com.

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