Le 10 janvier et les Vodun Days : histoire de la fête nationale du vodoun
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Vodoun & Culture

Le 10 janvier et les Vodun Days : histoire de la fête nationale du vodoun

Portrait de Da Hyppolite GLÉLÉ Da Hyppolite GLÉLÉ

Chaque année, autour du 10 janvier, on me demande si je « fais quelque chose de spécial ». La réponse est oui, mais probablement pas ce qu’on imagine. Pour beaucoup de familles, ce jour-là ressemble plus à un rassemblement de lignage qu’à un festival.

Reste que cette date a une histoire, et qu’elle a beaucoup changé en trente ans.

Avant 1996 : une tradition sans calendrier officiel

Le vodoun n’a jamais eu besoin d’un jour férié. Chaque vodoun a ses périodes, chaque couvent son rythme, chaque lignage ses obligations. Les sorties de couvent, les fêtes de Sakpata, les cérémonies de Dan suivent des calendriers propres qui ne coïncident avec rien d’officiel.

La période révolutionnaire, sous Mathieu Kérékou, a été rude. Le régime marxiste-léniniste de 1972 à 1990 a mené campagne contre ce qu’il appelait la féodalité et l’obscurantisme. Des couvents ont été fermés, des prêtres inquiétés, des pratiques poussées vers la clandestinité. On l’oublie souvent quand on présente le Bénin comme un pays qui aurait toujours célébré sa tradition.

Ouidah 92, le moment de bascule

En février 1993, Ouidah accueille un festival international appelé Ouidah 92 — le nom vient de l’année initialement prévue. L’idée : réunir les traditions vodoun du Bénin et celles de la diaspora, Haïti, Brésil, Cuba, États-Unis, autour de la mémoire de la traite et des cultes qui en sont issus.

C’est un événement considérable. Pour la première fois, des houngan haïtiens, des babalorixá brésiliens et des vodounon béninois se retrouvent au même endroit. Le pays vient de sortir de la Conférence nationale de 1990, la liberté religieuse est rétablie, et le vodoun ressort de l’ombre en pleine lumière.

Nicéphore Soglo est alors président. Son épouse, Rosine Vieyra Soglo, joue un rôle déterminant dans cette réhabilitation.

1996 : le 10 janvier devient férié

La loi instituant le 10 janvier comme journée des religions traditionnelles est votée en 1996 et promulguée l’année suivante, sous la présidence de Nicéphore Soglo.

Pourquoi le 10 janvier ? Aucune raison liturgique. La date ne correspond à aucune fête traditionnelle antérieure. Elle a été fixée, en début d’année, pour installer un rendez-vous national.

Ce point est important et rarement dit : le 10 janvier est une création politique, pas une survivance ancestrale. Ce qui ne lui enlève rien, mais évite de raconter n’importe quoi.

Kérékou, revenu au pouvoir en 1996 puis réélu, a maintenu la fête. Elle est passée dans les mœurs.

Ce qui se passe le 10 janvier

À Ouidah, le rassemblement principal se tient sur la plage, près de la Porte du Non-Retour. Les couvents descendent en cortège. Les vodounsi, adeptes initiés, portent les couleurs de leur divinité. Les vodounon, les prêtres, conduisent les offrandes. On salue Legba en premier, puis Dan, Hêviosso, Mami Wata, selon les groupes.

Il y a du tambour, beaucoup, et des danses de possession que les visiteurs prennent souvent pour du spectacle alors qu’elles n’en sont pas.

Ailleurs, la journée prend d’autres formes. À Porto-Novo, les Zangbeto sortent. À Sakété et dans l’aire yoruba, c’est Oro. À Abomey, on se tourne vers les ancêtres royaux. Beaucoup de gens rentrent simplement au village.

Depuis 2024 : les Vodun Days

L’État béninois a repris la main sur l’événement. Depuis janvier 2024, Ouidah accueille les Vodun Days, sur trois jours, avec une organisation professionnelle : scènes de concert sur la plage, village d’artisans, animations dans les places et les couvents historiques, parade des adeptes.

L’édition 2026 s’est tenue les 8, 9 et 10 janvier, sur le thème d’une immersion dans les arts, la culture et la spiritualité vodoun.

Le résultat est spectaculaire. Des dizaines de milliers de visiteurs, une visibilité internationale que le pays n’avait jamais eue sur ce terrain, des hôtels pleins, une image du Bénin qui change.

Ce que j’en pense, puisqu’on me le demande

Je suis partagé, et je ne vois pas l’intérêt de faire semblant du contraire.

D’un côté, voir la tradition passer du statut de honte coloniale à celui de fierté nationale, en une génération, est une chose que mes maîtres n’auraient pas imaginée. Des jeunes reviennent vers les couvents. Des familles installées à l’étranger rentrent pour janvier. Ça, c’est réel.

De l’autre, un festival n’est pas un culte. Ce qui se donne à voir sur une scène avec des projecteurs n’est pas ce qui se passe dans un couvent à quatre heures du matin, et il serait dangereux de laisser croire que le vodoun se résume à trois jours d’animation.

Certains anciens le disent plus durement que moi. Ils estiment qu’on a transformé le sacré en attraction. Je comprends l’objection. Je constate aussi que les couvents qui refusent toute visibilité perdent leurs jeunes.

Il n’y a pas de bonne réponse là-dedans. Il y a une négociation permanente entre ce qui se montre et ce qui ne se montre pas, et cette négociation, franchement, n’est pas terminée.

Si vous voulez y assister

Venez avec l’idée que vous êtes chez quelqu’un.

On ne photographie pas un adepte en transe sans demander. On ne pénètre pas dans un couvent sans y être invité. On ne touche pas les objets. Certaines zones sont interdites, et quand un initié vous dit de reculer, on recule sans discuter.

Prévoyez de l’espace pour l’imprévu : les horaires annoncés et les horaires réels ne coïncident pas toujours, parce qu’un cortège de couvent part quand le vodoun est prêt, pas quand le programme le dit.

Questions fréquentes

Le 10 janvier est-il férié au Bénin ? Oui, depuis la loi de 1996, promulguée en 1997.

Quelle différence entre le 10 janvier et les Vodun Days ? Le 10 janvier est le jour férié national. Les Vodun Days sont le festival organisé par l’État à Ouidah depuis 2024, qui s’étale sur trois jours et englobe la date.

Faut-il payer pour assister ? Les cérémonies traditionnelles sur la plage sont ouvertes. Certaines animations et concerts du festival peuvent être payants.

Peut-on visiter un couvent ce jour-là ? Certains ouvrent dans le cadre du festival, avec des guides. On n’entre jamais de sa propre initiative.

Est-ce que ça se fête ailleurs qu’à Ouidah ? Oui, partout dans le sud et le centre : Porto-Novo, Abomey, Sakété, Allada, Cotonou, chacun avec ses formes propres.

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