Amour & Couple
Fidélité et parole donnée dans la tradition
Da Hyppolite GLÉLÉ
La tradition béninoise aborde la fidélité par un angle particulier : non pas d’abord comme une question de sentiment, mais comme une question d’engagement tenu. Cette approche a des conséquences intéressantes.
La parole avant le sentiment
Le corpus traditionnel revient constamment sur un point : ce qui est promis doit être tenu.
Appliqué au couple, cela déplace la question. Il ne s’agit pas seulement de savoir si l’on aime encore, mais de savoir ce à quoi l’on s’est engagé et devant qui.
Or dans un mariage coutumier, l’engagement n’est pas seulement entre deux personnes : il a été pris devant deux familles, avec des prestations versées et des obligations acceptées.
Ce que cela implique
Une trahison n’est pas seulement une blessure privée : c’est un manquement à un engagement public.
C’est ce qui explique pourquoi, traditionnellement, les familles interviennent : elles sont parties à l’accord.
Cela explique aussi pourquoi la réparation est envisagée en termes concrets — reconnaissance, démarche vers la famille lésée, parfois compensation — plutôt qu’en termes purement émotionnels.
La question de la polygamie
Elle existe au Bénin, elle est reconnue par certaines coutumes, et elle est encadrée par le droit.
Il faut être précis : le Code des personnes et de la famille béninois, adopté en 2004, a établi la monogamie comme régime du mariage civil. Les unions polygames antérieures conservent leurs effets, mais un nouveau mariage civil est monogame.
Ce qui pose problème dans la pratique, ce sont les situations non déclarées : une seconde famille cachée, des enfants non reconnus, des biens confondus. Ces situations produisent des drames au moment des successions.
Ce que la tradition demande dans tous les cas
La clarté. Une situation cachée est une situation qui explosera.
La reconnaissance des enfants. C’est ce qui protège les enfants, et c’est une obligation.
Le respect des engagements pris. Envers chaque famille concernée.
L’équité. Là où plusieurs unions existent, la tradition demande un traitement équitable, et le manquement à cette règle est réprouvé.
Ce que je constate
Les couples qui traversent une infidélité et qui tiennent sont ceux où trois choses se produisent : la vérité est dite, ce qui a été rompu est reconnu, et une démarche est engagée — souvent avec l’intervention des familles.
Ceux qui ne tiennent pas sont ceux où l’on continue comme si de rien n’était, ou bien où l’on utilise la faute comme une arme permanente.
Ce qui ne relève pas de la tradition
Les demandes de “fidélisation” — faire en sorte qu’un conjoint ne puisse plus regarder ailleurs.
Elles reviennent régulièrement. Je les refuse : elles visent à contraindre une personne, ce qui sort du cadre.
Et sur un plan pratique : une fidélité obtenue par contrainte, à supposer qu’on y parvienne, n’est pas une relation.
Ce que je conseille
Si vous vous engagez, sachez à quoi et devant qui.
Si vous avez manqué, reconnaissez-le et réparez ce qui peut l’être — y compris matériellement.
Si vous subissez, ne restez pas seul avec cela : la tradition prévoit une intervention des familles, et elle est souvent plus efficace qu’un affrontement à deux.
Et dans tous les cas, protégez les enfants : reconnaissez-les, déclarez-les, ne les prenez jamais comme enjeu.
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