Vodoun & Culture
Vodun et identité culturelle béninoise
Da Hyppolite GLÉLÉ
Le Bénin occupe une position singulière : c’est le pays d’origine d’une tradition dont les descendants se comptent par millions dans les Amériques, et c’est aussi un pays où cette tradition a longtemps été dévalorisée chez elle. Ce paradoxe est en train de bouger.
Une reconnaissance officielle
Depuis les années 1990, les cultes traditionnels sont officiellement reconnus au Bénin. Le 10 janvier est une fête nationale consacrée aux religions traditionnelles.
Cette reconnaissance a une portée réelle : elle sort les pratiques de la clandestinité où l’ère coloniale et une partie de la période post-indépendance les avaient reléguées.
Depuis 2024, les Vodun Days ont donné à cette célébration une dimension internationale, avec un afflux de visiteurs, notamment issus de la diaspora afro-descendante.
Le retour des descendants
C’est peut-être l’aspect le plus marquant.
Des Haïtiens, des Brésiliens, des Cubains, des Afro-Américains viennent au Bénin chercher l’origine de traditions qu’ils pratiquent chez eux sous d’autres formes. Ouidah, port de départ de la traite, est devenu un lieu de pèlerinage.
Ce mouvement transforme le regard local : ce qui était considéré comme arriéré redevient ce qui a permis à des peuples déportés de survivre culturellement.
Un patrimoine considérable
Au-delà du religieux, il y a un ensemble matériel et immatériel de premier plan.
Les palais royaux d’Abomey, classés au patrimoine mondial. Les bas-reliefs, les tentures, les récades. Les masques Egungun et Gèlèdé — ce dernier reconnu par l’UNESCO. Les couvents, les forêts sacrées, les traditions orales du Fâ.
C’est un capital culturel dont peu de pays disposent, et le Bénin a entrepris de le valoriser, notamment avec le retour d’œuvres pillées pendant la colonisation.
Les tensions
Il serait malhonnête de présenter un tableau lisse.
Une partie de la population, sous l’effet de l’évangélisation, considère ces pratiques avec hostilité. Des familles se divisent sur ces sujets. Des jeunes grandissent sans rien savoir des traditions de leurs grands-parents.
Il y a aussi une tension entre valorisation touristique et pratique vivante : ce qui devient spectacle risque de perdre ce qui le faisait tenir. Les initiés sont partagés sur ce point, et leur inquiétude est légitime.
Ce qui se perd
C’est le vrai enjeu, à mon sens. La transmission repose sur l’oralité et sur des années d’apprentissage. Quand une génération ne transmet pas, ce qu’elle savait disparaît.
Le corpus du Fâ, les savoirs sur les plantes, les récits de lignée : ce sont des ensembles considérables qui n’existent nulle part par écrit, et dont les détenteurs vieillissent.
Chaque ancien qui meurt sans avoir transmis emporte quelque chose d’irremplaçable.
Ce que chacun peut faire
Poser des questions aux aînés de sa famille, pendant qu’ils sont là. Noter, enregistrer, demander les noms et les histoires.
Ne pas confondre valorisation et folklorisation : parler de ces traditions avec précision, pas comme d’un décor.
Et distinguer la tradition de ceux qui l’exploitent. Le charlatanisme fait plus de tort au vodun que tous les préjugés étrangers réunis.
Ce que j’observe
Une génération de jeunes Béninois s’intéresse à nouveau à ces traditions, souvent après un détour par l’étranger ou par la découverte de ce que la diaspora en a fait.
C’est une chance. Elle suppose que ceux qui savent acceptent d’expliquer, et que ceux qui découvrent acceptent d’apprendre plutôt que de consommer.
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