Vodoun & Culture
Transmission des savoirs sur les plantes au Bénin
Da Hyppolite GLÉLÉ
Le savoir sur les plantes ne se trouve dans aucun livre béninois complet. Il vit dans la mémoire de personnes qui l’ont appris d’autres personnes. C’est ce qui fait sa force, et ce qui le rend aujourd’hui très vulnérable.
Comment cela s’apprend
Pas en une fois, et pas par des listes.
L’apprentissage se fait par accompagnement : on suit quelqu’un, on va cueillir avec lui, on l’écoute nommer, on l’observe préparer. Cela prend des années.
Il comporte une part de mémorisation considérable — des centaines de plantes, leurs noms, leurs parties utiles, leurs préparations, leurs interdits — et une part de pratique qui ne se transmet que par la répétition.
À qui cela se transmet
Traditionnellement, à l’intérieur d’une famille ou d’une lignée d’initiés, à quelqu’un qui a été choisi.
Ce choix n’est pas arbitraire : il porte sur la capacité, la constance, la discrétion. Un savoir qui peut nuire ne se confie pas à n’importe qui.
Cette sélection explique aussi pourquoi la transmission est fragile : si celui qui a été choisi part, meurt ou refuse, la chaîne se rompt.
Ce qui se perd aujourd’hui
Beaucoup, et vite.
Les détenteurs vieillissent et n’ont pas toujours de successeur.
Les jeunes partent vers les villes ou l’étranger, où ces plantes n’existent pas.
La dévalorisation a fait son œuvre : pendant des décennies, ce savoir a été présenté comme arriéré, y compris à l’école.
Les milieux disparaissent. Une plante qui ne pousse plus dans les environs ne s’apprend plus.
Chaque ancien qui meurt sans avoir transmis emporte quelque chose que personne ne pourra reconstituer.
Le paradoxe de l’écrit
On pourrait penser qu’il suffit d’écrire. C’est plus compliqué.
L’écrit fige : il ne rend pas le geste, la reconnaissance visuelle, la nuance de préparation. Un herbier ou une notice ne remplacent pas l’apprentissage.
Il pose aussi une question de propriété : un savoir écrit et publié devient accessible à des laboratoires qui peuvent l’exploiter sans contrepartie pour ceux qui l’ont conservé. Cela s’est produit.
Cela dit, entre un savoir imparfaitement documenté et un savoir totalement perdu, le choix est vite fait. La question est de savoir comment documenter, et avec qui.
Ce qui se fait
Des travaux d’ethnobotanique existent au Bénin, souvent portés par des institutions locales. Ils recensent, identifient scientifiquement, décrivent les usages.
Des cadres internationaux encadrent désormais l’accès aux ressources génétiques et le partage des bénéfices. Ils reconnaissent, au moins en principe, que ces savoirs appartiennent aux communautés qui les détiennent.
Des démarches de reconnaissance des tradipraticiens sont également engagées.
Ce que chacun peut faire
C’est peut-être le point le plus utile de cet article.
Si vous avez dans votre famille quelqu’un qui connaît les plantes, allez le voir. Posez des questions. Notez, enregistrez, photographiez les plantes qu’il montre.
Vous n’apprendrez pas son métier. Vous conserverez une trace, et cette trace vaudra mieux que rien le jour où il ne sera plus là.
C’est aussi, très souvent, une belle manière de passer du temps avec quelqu’un.
Le fond de l’affaire
Ce qui est en jeu n’est pas seulement du patrimoine. C’est une compétence : la capacité de soigner avec ce qui pousse autour de soi.
Elle a fait vivre des générations. Il serait absurde de la perdre au moment précis où le reste du monde commence à s’y intéresser.
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