Harmonie & Rituels
Transmettre entre femmes : savoirs, gestes et paroles
Da Hyppolite GLÉLÉ
Une part considérable des savoirs béninois se transmet de femme à femme, souvent sans être nommée comme savoir. Cuisine, plantes, soins, gestion, conduite : cette transmission est discrète et pourtant décisive.
Ce qui se transmet
La liste est plus longue qu on ne le croit.
La cuisine, qui n est pas un simple ensemble de recettes mais une connaissance des produits, des saisons, des conservations, des équilibres.
Les plantes d usage domestique et de premiers soins, avec leurs préparations et leurs limites.
Les soins du corps : de l enfant, du nourrisson, de la femme après l accouchement, des malades, des personnes âgées.
Les techniques : poterie, teinture, transformation alimentaire, vannerie, coiffure, tissage selon les régions.
La gestion : tenir un budget, gérer un stock, faire circuler de l argent, calculer une marge.
La conduite sociale : comment se comporter dans une belle-famille, comment parler à un aîné, comment régler un différend sans éclat, comment demander.
Comment cela se transmet
Presque jamais par un enseignement formel.
La transmission se fait par la présence : une fillette est à côté de sa mère, de sa grand-mère, de ses tantes, et fait avec elles.
Elle se fait par la répétition des gestes, corrigés au fur et à mesure.
Elle se fait par la parole incidente : une remarque, un proverbe, une histoire racontée pendant le travail.
Et elle se fait par l observation des situations : voir comment une tante gère un conflit apprend plus que tout discours.
Les lieux
Certains espaces concentrent cette transmission.
La cuisine et la cour, où les femmes travaillent ensemble.
Le marché, école de commerce, de négociation et de relations.
Le point d eau, longtemps lieu d échange quotidien.
Les cérémonies, où l on apprend les rôles, les chants et les préséances.
Et l accompagnement des naissances et des deuils, moments où se transmet ce qui touche au corps et à la vie.
Ce qui se perd
Plusieurs évolutions fragilisent cette chaîne.
La scolarisation, pourtant nécessaire, réduit le temps passé auprès des aînées.
La séparation géographique : une jeune femme en ville n a plus sa grand-mère à côté.
La réduction de la taille des ménages : moins de femmes ensemble, moins d occasions d apprendre.
Et une dévalorisation : ces savoirs sont perçus comme allant de soi, donc comme n étant pas des savoirs.
Ce qui mérite d être questionné
Il faut être honnête : tout ne mérite pas d être transmis tel quel.
Certaines transmissions perpétuent des inégalités : l acceptation d une charge domestique écrasante, le silence sur les violences, la soumission présentée comme une vertu, le jugement porté sur les femmes qui s écartent des attentes.
Une transmission vivante trie. Elle garde ce qui rend capable et laisse ce qui diminue.
Beaucoup de femmes béninoises font aujourd hui ce travail explicitement avec leurs filles.
Comment entretenir la chaîne
Quelques gestes simples ont un effet réel.
Faire ensemble plutôt que faire à la place. Une fille qui regarde n apprend pas ; une fille qui participe apprend.
Expliquer le pourquoi, pas seulement le comment.
Enregistrer les aînées. Une conversation d une heure avec une grand-mère sur les plantes, les recettes ou l histoire de la famille est un document irremplaçable.
Écrire. Un carnet de recettes, de remèdes domestiques, de dates familiales traverse les générations.
Et transmettre aussi aux garçons. Cuisiner, soigner, gérer ne sont pas des compétences féminines par nature.
Un patrimoine réel
Ces savoirs constituent un patrimoine au même titre que les arts visibles.
Ils ont l avantage d être utilisables tous les jours, et l inconvénient de disparaître sans bruit.
Pour échanger sur la transmission des savoirs : +229 01 96 79 86 95, contact@racines-vodoun.com.
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