Vodoun & Culture
Pourquoi les plantes occupent-elles une place importante dans les traditions ?
Da Hyppolite GLÉLÉ
On peut décrire la place des plantes dans les traditions béninoises de deux manières : par le symbolique, ou par le pratique. Les deux sont vraies, et elles se rejoignent.
La raison pratique
Avant tout, les plantes soignent. Dans des sociétés sans pharmacie industrielle, la connaissance des plantes était la médecine disponible.
Cette connaissance s’est accumulée par observation sur des générations : ce qui fait effet, ce qui empoisonne, ce qui apaise une douleur, ce qui fait baisser une fièvre.
Elle s’est aussi organisée : qui détient ce savoir, comment il se transmet, à qui il est réservé. Un savoir vital ne se laisse pas circuler n’importe comment.
La raison symbolique
Les plantes présentent des propriétés qui frappent : elles poussent, meurent et repoussent ; elles tirent leur force d’un sol invisible ; certaines soignent, d’autres tuent.
Cette ambivalence en fait un objet de pensée idéal pour tout ce qui touche à la vie, à la mort, au renouvellement.
D’où leur présence dans les rites de passage : ce qui repousse après avoir été coupé est une image de ce qu’on demande à celui qui traverse une épreuve.
Le lien entre les deux
Ce que je trouve remarquable, c’est que ces deux raisons ne s’opposent pas.
Une plante qui a un effet réel acquiert un statut symbolique. Un statut symbolique protège la plante et le savoir qui l’accompagne. La protection permet la transmission. La transmission conserve l’efficacité.
Le sacré fonctionne ici comme un système de conservation : il empêche que le savoir se dilue et que la ressource disparaisse.
Le rôle de la transmission
Ce savoir n’existe pas dans des livres. Il vit dans la mémoire de personnes qui l’ont appris auprès d’autres personnes, pendant des années.
Cette oralité a un avantage — le savoir reste lié à quelqu’un qui en répond — et un inconvénient majeur : il disparaît avec celui qui le détient.
C’est ce qui se produit actuellement. Les détenteurs vieillissent, les jeunes partent, la transmission se rompt. Des pans entiers de ce savoir sont en train de se perdre.
Ce qui menace ce lien
L’urbanisation : on n’apprend pas les plantes dans une ville où elles ne poussent plus.
La dévalorisation : longtemps, ce savoir a été présenté comme arriéré, y compris dans les écoles.
Le commerce : le prélèvement massif pour la vente épuise les ressources et rompt les règles de cueillette.
Et la disparition des milieux : ce qui ne pousse plus ne s’apprend plus.
Ce qui peut être fait
Documenter, pendant qu’il est temps. Des travaux d’ethnobotanique existent au Bénin ; ils gagneraient à être élargis.
Protéger les milieux, en particulier les forêts sacrées, qui sont à la fois des réserves de biodiversité et des lieux d’apprentissage.
Reconnaître les détenteurs de ce savoir comme tels, plutôt que comme des survivances.
Et, pour chacun, poser des questions aux anciens de sa famille. Beaucoup savent des choses qu’ils ne transmettent pas faute qu’on les leur demande.
Une précaution pour finir
Ce que j’écris ici sur la valeur de ce savoir ne vaut pas encouragement à l’automédication.
Un savoir qui demande des années d’apprentissage ne se résume pas en un article, et les plantes actives sont dangereuses mal employées. Devant un symptôme, on consulte un médecin.
Respecter un savoir, c’est aussi reconnaître qu’on ne l’a pas.
Aucun commentaire pour le moment
Soyez le premier à réagir !