Harmonie & Rituels
Mami Wata : histoire d'une figure des eaux
Da Hyppolite GLÉLÉ
Peu de figures africaines sont aussi répandues et aussi mal comprises que Mami Wata. Présente du Sénégal à l Angola, elle occupe une place particulière dans les imaginaires et les pratiques religieuses du golfe du Bénin.
Une figure composite
Mami Wata n est pas une divinité ancienne unique dont on pourrait retracer une origine simple.
Elle résulte d une composition : des cultes des eaux anciens, largement répandus dans la région, associés à des images et des représentations venues d ailleurs par le commerce maritime.
Le nom lui-même, formé à partir d un anglais de contact, indique cette histoire de rencontres.
Cette composition n en fait pas une figure moins authentique. Les religions se construisent ainsi, par emprunts et réinterprétations.
Les représentations
L iconographie est reconnaissable : une femme, souvent à queue de poisson ou accompagnée de serpents, aux longs cheveux, ornée de bijoux, associée à un miroir et à la richesse.
Ces images circulent sur des peintures, des affiches, des statues, des tissus, dans toute l Afrique de l Ouest et centrale.
Elles ont été diffusées notamment par des reproductions imprimées largement commercialisées au cours du XXe siècle.
Ce qu elle représente
Mami Wata est associée à l eau, à la beauté, à la richesse, à la séduction, à la fécondité.
Son ambivalence est constante : elle peut donner et retirer, protéger et exiger. Cette ambivalence est caractéristique des puissances des eaux dans la région.
Les récits qui lui sont attachés mettent souvent en scène une relation exigeante : la prospérité obtenue s accompagne d obligations, d interdits, parfois de renoncements.
Une lecture sociale
Les anthropologues ont souligné ce que cette figure exprime.
Elle est apparue et s est développée dans des contextes de contact avec l économie marchande, l argent, les biens importés, la ville.
Elle donne une forme aux questions que ces transformations posaient : d où vient la richesse soudaine ? à quel prix ? que doit-on à ce qui nous enrichit ?
Les récits sur Mami Wata sont ainsi, en partie, une manière de penser l argent et ses ambiguïtés.
Les cultes
Des pratiques lui sont consacrées dans plusieurs pays, avec des lieux, des prêtresses et des prêtres, des cérémonies, des couleurs — le blanc et le rouge notamment — et des interdits.
Ces cultes concernent souvent la santé, la fécondité, la prospérité et la protection.
Comme pour toute pratique, il faut distinguer les communautés établies, avec une transmission et des responsables identifiés, des offres commerciales qui utilisent le nom.
Une mise en garde
Le nom de Mami Wata est fréquemment employé dans des propositions douteuses : promesses de richesse rapide, rituels coûteux, récits d enrichissement spectaculaire.
Ces offres exploitent la réputation de la figure et la détresse économique.
Aucune pratique sérieuse ne promet la fortune contre paiement. Les récits traditionnels eux-mêmes insistent au contraire sur le caractère exigeant et parfois destructeur de la richesse mal acquise.
Dans la culture
Mami Wata est très présente dans les arts contemporains africains : peinture, littérature, cinéma, musique.
Elle y sert souvent à explorer les questions de désir, d argent, de modernité et d identité.
Cette vitalité artistique montre qu il s agit d une figure vivante, qui continue de dire quelque chose des sociétés qui la représentent.
Regarder correctement
Mami Wata mérite mieux que le traitement exotique qu on lui réserve souvent.
C est une création culturelle complexe, née de rencontres, qui exprime des préoccupations réelles et continue d évoluer.
Pour en savoir plus sur les traditions du golfe du Bénin : +229 01 96 79 86 95, contact@racines-vodoun.com.
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