Libération & Renouveau
Malchance répétée : lecture traditionnelle et approche rationnelle
Da Hyppolite GLÉLÉ
Une série d’échecs appelle une explication. C’est humain, et c’est ce qui fait la force du mot “malchance” : il en fournit une, immédiatement, sans effort. Voici comment tenir ensemble une lecture traditionnelle honnête et un examen rationnel.
Ce que le hasard produit réellement
Le hasard n’est pas régulier. Il produit naturellement des séries — de bonnes et de mauvaises. Si vous lancez une pièce cent fois, vous obtiendrez des suites de six ou sept résultats identiques. Cela n’a rien d’exceptionnel.
Nous sommes en revanche très mauvais pour accepter cela. Notre esprit cherche des causes, et il en trouve toujours.
Il faut ajouter un second mécanisme : nous remarquons ce qui confirme. Une personne convaincue d’être malchanceuse retient les échecs et oublie les réussites. Au bout de quelques mois, sa mémoire lui donne raison.
Dire cela n’est pas nier la difficulté. C’est éviter de payer cher pour traiter une illusion statistique.
Les causes structurelles
Beaucoup de “malchances répétées” ont une cause commune et identifiable.
Une même erreur reproduite. Choisir le même type d’associé, signer sans lire, faire confiance trop vite, sous-financer chaque projet.
Un environnement défavorable. Un secteur en crise, un entourage qui décourage, une famille qui ponctionne systématiquement les ressources.
Un état personnel. Fatigue chronique, dépression, addiction. Ils dégradent les décisions, qui dégradent les résultats, qui dégradent l’état.
Un handicap de départ. Absence de capital, de réseau, de diplôme reconnu. Ce n’est pas de la malchance, c’est une position — et cela se travaille autrement.
Ce sont ces causes qu’il faut chercher en premier, parce qu’on peut agir dessus.
Ce que la tradition regarde
Elle ne s’intéresse pas à un échec isolé. Elle s’intéresse au motif : la même chose, au même point, à chaque fois. Ou la même chose, sur trois générations.
Elle cherche ensuite ce qui est resté ouvert : un engagement non tenu, une dette, un tort non réparé, un lien coupé avec la famille ou les anciens.
Elle peut aussi indiquer que le moment n’est pas favorable, et qu’il faut attendre plutôt que forcer. C’est une réponse que les gens détestent et qui est parfois la bonne.
Comment faire l’examen soi-même
Écrivez les échecs sur une ligne de temps : quoi, quand, à quel stade cela a échoué, et pourquoi selon vous.
Cherchez ce qui se répète : le stade, le type de partenaire, la période de l’année, la source du financement.
Demandez à quelqu’un d’extérieur de lire votre liste. C’est souvent lui qui voit le motif que vous ne voyez pas.
Si un motif apparaît et qu’il est de votre fait, vous avez la réponse. Si aucun motif ordinaire n’apparaît et que la répétition traverse les générations, un examen traditionnel a du sens.
Ce que je refuse de faire
Attribuer une série d’échecs à une action extérieure sans examen. C’est ce que font ceux qui vendent des déblocages, et c’est ce qui vide les comptes.
Désigner un coupable. “Votre oncle vous bloque” : cette phrase a détruit plus de familles que n’importe quel sort.
Ce que je constate
Les personnes qui sortent de ces séries ne sont pas celles qui ont trouvé la meilleure explication. Ce sont celles qui ont changé une chose concrète : un associé, une manière de décider, une habitude, une relation.
La démarche traditionnelle peut accompagner ce changement et le marquer. Elle ne le produit pas à votre place — et personne d’honnête ne vous dira le contraire.
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