Vodoun & Culture
Les Zangbéto : gardiens de nuit et ordre du quartier
Da Hyppolite GLÉLÉ
Silhouettes de paille tournoyantes, sorties nocturnes, réputation redoutable : les Zangbéto font partie des images les plus connues des traditions du sud du Bénin. Derrière le spectacle, il y a une institution de gouvernement local qu il vaut la peine de comprendre.
Une police coutumière
Le mot est souvent traduit par gardiens de la nuit. C est assez juste. Historiquement, les Zangbéto assuraient la surveillance des villages et des quartiers, principalement chez les Gun et dans l aire de Porto-Novo, avec des présences dans d autres régions.
Leur fonction : dissuader les vols, sanctionner les fauteurs de trouble, faire respecter certaines règles collectives, régler des litiges de voisinage.
Dans une société sans police d État, cette institution assurait une part essentielle de la sécurité. Elle reposait sur une organisation précise, avec des responsables, des règles d admission et une discipline interne.
Le masque et la nuit
La sortie des Zangbéto est un moment codifié. Les costumes de paille, hauts et tournoyants, dissimulent entièrement ce qui les porte. La convention rituelle veut qu il ne s agisse pas d hommes déguisés mais d entités.
Cette convention est essentielle au fonctionnement de l institution. Le gardien n est pas identifiable, donc pas exposé à la vengeance personnelle. La sanction ne vient pas d un voisin mais d une instance.
Les sorties nocturnes s accompagnent d annonces : les habitants savent qu il ne faut pas sortir, ou qu il faut se tenir à distance. Le respect de ces consignes fait partie du dispositif.
Un rôle qui évolue
L État béninois dispose aujourd hui d une police et d une gendarmerie. La fonction sécuritaire des Zangbéto s est donc transformée.
Ils restent présents dans la vie des quartiers : cérémonies, fêtes, funérailles, événements communautaires. Ils interviennent parfois en appui de la sécurité locale, en coordination avec les autorités.
Ils jouent aussi un rôle de médiation dans des conflits mineurs, ce qui décharge les institutions formelles et règle rapidement des différends de voisinage.
Les questions que cela pose
Il faut aborder honnêtement les tensions que cette coexistence produit.
Une institution coutumière qui sanctionne peut sortir du cadre légal. Des cas d excès, de sanctions arbitraires ou de règlements de comptes ont été signalés. Le monopole de la contrainte appartient à l État, et une police coutumière ne peut pas se substituer à la justice.
La question de la transparence se pose également : qui contrôle, selon quelles règles, avec quels recours pour la personne sanctionnée ?
Des cadres de collaboration existent entre autorités locales et associations coutumières. Ils sont la bonne voie : reconnaître l utilité sociale tout en fixant les limites.
Ce que l institution apporte
Il serait injuste de ne retenir que les risques.
Les Zangbéto maintiennent une vie collective de quartier, un lien entre générations, une capacité d organisation locale. Ils participent aux funérailles et aux fêtes, structurent l espace public, transmettent un patrimoine de chants, de costumes et de savoir-faire.
Dans des quartiers où les services publics sont peu présents, cette organisation compte.
Pour un visiteur
Assister à une sortie de Zangbéto demande de la prudence et du respect. Suivre strictement les consignes données sur place. Ne pas photographier sans autorisation. Ne pas chercher à s approcher ni à toucher. Ne pas commenter à voix haute.
Ce sont des règles simples, et elles suffisent.
Pour en savoir plus sur les traditions béninoises : +229 01 96 79 86 95, contact@racines-vodoun.com.
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