Vodoun & Culture
Les funérailles au Bénin : rites, coûts et ce qui se joue
Da Hyppolite GLÉLÉ
Les funérailles sont, au Bénin, l’événement social le plus important de la vie d’une famille. Elles mobilisent des ressources considérables et suscitent autant d’attachement que de tensions. Voici ce qui s’y joue réellement.
Leur fonction
Elles ne sont pas seulement un hommage. Dans la conception traditionnelle, elles font passer le défunt d’un état à un autre : elles l’installent comme ancêtre.
C’est pourquoi elles ne se réduisent pas à l’enterrement. Elles comportent plusieurs temps, parfois étalés sur des mois ou des années, et l’enterrement n’en est qu’une étape.
Un défunt dont les funérailles n’ont pas été tenues reste, dans cette logique, en suspens — et cette situation pèse sur les vivants.
Les grandes étapes
Elles varient selon les régions, les familles et les cultes, mais on retrouve généralement une structure commune.
L’annonce et le rassemblement. La veillée. L’inhumation. Puis, souvent plus tard, les cérémonies proprement dites — celles qui installent le défunt et qui rassemblent la famille élargie.
Ce décalage entre l’enterrement et les funérailles est important à comprendre : il permet de réunir les moyens et les personnes.
La question du coût
Il faut l’aborder franchement.
Les funérailles coûtent cher au Bénin, et leur coût a fortement augmenté. Des familles s’endettent, vendent des biens, hypothèquent des terrains pour tenir leur rang.
Cette inflation n’est pas une exigence de la tradition : c’est un phénomène social de compétition, alimenté par le regard des autres. Les anciens que j’ai connus n’auraient pas compris qu’on ruine une famille pour honorer un mort.
Ce que la tradition demande, c’est que le nécessaire soit fait, selon les moyens. Le reste relève de la pression sociale.
Ce qui se joue au-delà du rite
La succession. C’est le moment où les questions de biens se posent. Une famille qui n’a rien préparé découvre les problèmes dans le pire contexte.
Les rangs. Qui préside, qui parle, qui reçoit : les funérailles fixent des positions dans la famille.
Les conflits. Ils ressortent tous à ce moment-là. Un différend enterré depuis quinze ans reparaît le jour de la veillée.
Les accusations. Après un décès brutal ou d’une personne jeune, la recherche d’un responsable est fréquente. C’est le risque majeur : ces accusations détruisent des familles pour des décennies et visent presque toujours les plus vulnérables.
Ce que je conseille aux familles
Préparer avant. Un chef de famille qui règle sa succession, documente ses biens et dit ses intentions rend un service immense aux siens.
Décider des moyens ensemble. Fixer un budget en réunion familiale, plutôt que de laisser chacun surenchérir.
Refuser la compétition. Ce que penseront les voisins ne compte pas autant que la situation dans laquelle vous laissez les vivants.
Ne désigner personne. Aucun praticien sérieux ne nomme un responsable, et aucune famille ne devrait l’accepter.
Faire ce qui doit être fait, même modestement. Le nécessaire tenu vaut mieux qu’une cérémonie somptueuse financée par un emprunt.
Quand les moyens manquent
C’est une situation fréquente et douloureuse, surtout pour les familles dont un membre est décédé à l’étranger.
Ce que je réponds : faites ce que vous pouvez maintenant, et sachez qu’il n’y a pas de forclusion. Les cérémonies peuvent se tenir plus tard, quand les moyens seront réunis. Beaucoup de familles procèdent ainsi.
Ce qui compte est que cela finisse par être fait.
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