Vodoun & Culture
Le vodoun en Suisse : une diaspora discrète et des règles cantonales
Da Hyppolite GLÉLÉ
La communauté béninoise de Suisse est petite. Genève, Lausanne, Zurich, Bâle, Berne : des personnes souvent arrivées par les études, les organisations internationales ou le travail qualifié. Cette taille change tout. On s’y connaît, les nouvelles circulent vite, et la discrétion n’est pas une posture : c’est une condition de tranquillité.
Un pays où tout se décide au niveau du canton
C’est la première chose à comprendre. En Suisse, le rapport entre l’État et les religions ne relève pas de la Confédération mais de chaque canton. Genève et Neuchâtel sont séparatistes ; Zurich, Berne et d’autres reconnaissent et financent certaines Églises. Aucun canton ne reconnaît le vodoun, et aucun ne l’interdit.
Conséquence pratique : la réponse à « est-ce que je peux louer une salle, faire une fête, jouer du tambour » n’est pas la même à Genève et à Zoug. Elle dépend du canton, parfois de la commune. Se renseigner localement avant d’organiser quoi que ce soit évite des ennuis.
Deux règles fédérales, celles-là, sans exception
La protection des animaux. La loi fédérale impose l’étourdissement avant l’abattage, sans dérogation religieuse. C’est l’une des législations les plus strictes d’Europe sur ce point. Une cérémonie qui suppose un sacrifice ne peut pas se tenir ici dans les formes ; elle se pense autrement, ou elle se fait au pays.
Les espèces protégées. Les contrôles à l’entrée des produits d’origine animale et végétale sont sérieux. Peaux, plumes, écailles, racines : ce qui s’achète sans difficulté sur un marché de Cotonou peut être saisi à l’aéroport, avec amende à la clé.
Le statut de séjour, un sujet dont on parle peu
Beaucoup de membres de la diaspora sont en Suisse avec un permis lié à un emploi ou à des études. C’est un contexte où l’on hésite à faire des vagues, et où une escroquerie est particulièrement difficile à dénoncer : porter plainte suppose d’expliquer ce qu’on a payé, à qui, et pourquoi.
Les faux praticiens le savent. Le chantage à la discrétion — « si tu en parles, le travail est rompu » — trouve ici un terrain favorable. Il faut le dire clairement : aucune tradition sérieuse n’interdit de parler d’une consultation à un proche, ni de demander un second avis.
Ce qui se pratique, concrètement
Un autel domestique. Des dates qu’on tient. Un appel au pays avant une décision importante — un mariage, un achat, un départ. Des retours réguliers, parfois longs, pour ce qui ne peut pas se faire à distance. Et, pour beaucoup, une articulation tranquille avec le catholicisme ou le protestantisme, qui n’a rien d’une contradiction au Bénin et n’en devient pas une ici.
Ce qui ne se fait pas : une initiation par visioconférence, un « nettoyage » facturé sans qu’on sache où, par qui, ni selon quelle lignée, et toute démarche qui exige le silence.
Ce qu’il faut retenir
Les règles applicables dépendent du canton pour l’organisation, de la Confédération pour l’abattage et les douanes.
L’étourdissement avant abattage est obligatoire, sans dérogation religieuse.
La petite taille de la communauté et la dépendance au permis de séjour rendent les victimes silencieuses : c’est précisément pourquoi il faut parler avant de payer, pas après.
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