Harmonie & Rituels
Le passage à l'âge adulte : ce que la tradition marque
Da Hyppolite GLÉLÉ
Toutes les sociétés marquent le moment où un enfant devient adulte. Les traditions béninoises le faisaient par des dispositifs variés : classes d âge, formations, cérémonies. Ces marquages ont largement reculé, et leur disparition pose une question qu il vaut la peine d examiner.
À quoi sert un marquage
Le passage à l âge adulte n est pas un fait biologique mais une décision sociale. Une communauté déclare qu une personne est désormais responsable, mariable, comptable de ses actes.
Ce marquage remplit plusieurs fonctions.
Il informe le jeune : tu n es plus un enfant, on attend autre chose de toi.
Il informe le groupe : cette personne peut désormais parler, travailler, s engager.
Il transmet un contenu : savoirs, règles, obligations, histoire du groupe.
Et il crée une solidarité entre ceux qui passent ensemble.
Les formes traditionnelles
Au Bénin, plusieurs dispositifs coexistaient selon les régions.
Les classes d âge regroupaient les jeunes nés dans une même période. Elles avaient des noms, des responsabilités collectives — travaux, surveillance, organisation de fêtes — et créaient des liens qui duraient toute la vie.
Les périodes de retrait et de formation permettaient de transmettre des savoirs pratiques, des règles de conduite et, selon les cas, des enseignements religieux.
Les cérémonies publiques rendaient le changement de statut visible de tous.
Le mariage lui-même constituait souvent le marquage principal, en particulier pour les filles.
Ce qui a changé
La scolarisation a déplacé le calendrier : un jeune de dix-huit ans est souvent encore élève ou étudiant, dépendant de sa famille.
L urbanisation a dispersé les groupes d âge.
L allongement des études et la difficulté d accès à l emploi retardent l autonomie économique, qui reste le critère décisif.
Résultat : beaucoup de jeunes Béninois restent longtemps dans un statut intermédiaire, adultes par l âge mais dépendants matériellement.
Ce que cela produit
Cette situation n est pas propre au Bénin, mais elle y prend des formes spécifiques.
Une frustration réelle chez des jeunes formés qui ne peuvent pas s installer, se marier, fonder un foyer.
Une tension avec les aînés, qui reprochent parfois un manque de responsabilité sans mesurer les obstacles.
Et l absence d un moment clair où l on dit à quelqu un : désormais, tu comptes parmi les adultes.
Ce qui subsiste et ce qui se réinvente
Des formes de marquage persistent : cérémonies religieuses, fin d apprentissage avec libération de l apprenti, mariage, premier emploi, construction de sa maison.
Des associations de jeunes reprennent, sous d autres noms, la fonction des classes d âge : entraide, organisation de fêtes, travaux collectifs, épargne commune.
Ces formes méritent d être soutenues, parce qu elles remplissent un besoin réel.
Ce qu il faut écarter
Un point doit être dit clairement. Certaines pratiques présentées comme des rites de passage portent atteinte à l intégrité des personnes, en particulier des filles.
Les mutilations génitales féminines sont interdites par la loi béninoise et condamnées par les autorités coutumières et religieuses. Elles causent des dommages durables et n ont aucune justification.
De même, un rite de passage ne peut pas justifier un mariage précoce, la déscolarisation, ou des violences.
Marquer un passage ne suppose ni douleur ni contrainte.
Une suggestion
Les familles qui souhaitent marquer ce moment peuvent le faire simplement : une réunion où les aînés s adressent au jeune, énoncent ce qui est attendu de lui, lui reconnaissent une place et lui confient une responsabilité.
C est exactement ce que faisaient les rites anciens, et cela reste efficace.
Pour un accompagnement familial : +229 01 96 79 86 95, contact@racines-vodoun.com.
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