Vodoun & Culture
La forêt sacrée de Kpassè à Ouidah
Da Hyppolite GLÉLÉ
Au cœur de Ouidah, un espace boisé résiste à l urbanisation : la forêt sacrée de Kpassè. Elle associe une histoire de fondation, un culte vivant et une fonction écologique. À ce titre, elle illustre parfaitement ce que sont les forêts sacrées au Bénin.
Une histoire de fondation
La tradition rapporte que Kpassè, fondateur de la cité, se serait retiré dans ce bois et transformé en arbre plutôt que d être capturé par ses adversaires.
Le récit fonde à la fois l identité de la ville et le statut du lieu. L espace n est pas un parc : il est associé à la présence d un ancêtre fondateur.
Cette manière de rattacher un lieu naturel à une histoire humaine est caractéristique. Elle explique pourquoi ces forêts sont protégées avec une efficacité que peu de dispositifs administratifs atteignent.
Ce que l on y trouve
La forêt abrite de grands arbres, dont certains très anciens, ainsi que des sanctuaires et des statues représentant des divinités, installées pour partie à des fins de valorisation culturelle.
Des espèces végétales médicinales y subsistent, ce qui fait de ces espaces des réservoirs de biodiversité en milieu urbain.
Le lieu reste un espace de culte, avec des cérémonies et des pratiques qui s y déroulent.
La fonction écologique
C est l apport le plus documenté des forêts sacrées.
Dans des régions largement défrichées pour l agriculture et le bois de feu, ces îlots conservent des espèces végétales devenues rares ailleurs. Ils abritent des oiseaux, des reptiles, des insectes, parfois des mammifères.
Ils jouent un rôle sur le microclimat local, sur les sols et sur la régulation des eaux.
Des botanistes ont recensé dans ces espaces des espèces disparues des zones environnantes. Le Bénin compte des centaines de forêts sacrées, et elles constituent ensemble un réseau de conservation considérable.
Pourquoi la protection fonctionne
Le mécanisme est simple et efficace. L interdit religieux est intériorisé : on ne coupe pas, on ne chasse pas, on n entre pas n importe comment.
Cette règle est portée par la communauté, qui la fait respecter sans avoir besoin de gardes ni de barrières. Le contrôle social remplace la surveillance administrative.
Comparée aux aires protégées classiques, souvent difficiles à faire respecter faute de moyens, l efficacité est frappante.
Les menaces
Ces espaces ne sont pas invulnérables.
La pression foncière urbaine grignote leurs limites, particulièrement dans une ville comme Ouidah.
L affaiblissement des interdits, lié aux conversions religieuses et à la mobilité, réduit la force de la protection.
Le tourisme mal encadré peut dégrader les sols et perturber les usages.
Et le statut juridique de ces forêts reste souvent imprécis, ce qui les expose.
Une reconnaissance en cours
Le Bénin a engagé des travaux pour recenser, cartographier et sécuriser juridiquement les forêts sacrées, avec l appui de programmes de conservation.
L enjeu est d articuler deux protections : celle de la tradition, efficace mais fragilisée, et celle du droit, plus solide sur le papier mais moins présente sur le terrain.
Visiter Kpassè
La forêt se visite, avec un guide. Quelques règles s imposent : rester sur les chemins, ne rien prélever, demander avant de photographier certains éléments, respecter les zones de culte.
Ce sont les mêmes règles que dans n importe quel espace naturel protégé, avec en plus la dimension religieuse.
Un modèle
Les forêts sacrées démontrent qu une société peut protéger la nature autrement que par la clôture et l amende : par le sens donné au lieu.
C est une leçon qui dépasse le Bénin.
Pour en savoir plus : +229 01 96 79 86 95, contact@racines-vodoun.com.
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