Harmonie intérieure et spiritualité béninoise
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Harmonie & Rituels

Harmonie intérieure et spiritualité béninoise

Portrait de Da Hyppolite GLÉLÉ Da Hyppolite GLÉLÉ

Harmonie intérieure et spiritualité béninoise

“Harmonie intérieure” est une expression contemporaine, importée du vocabulaire du développement personnel. Les traditions béninoises abordent la question autrement, et la différence est instructive.

Une harmonie qui n’est pas individuelle

Dans la pensée traditionnelle, l’équilibre d’une personne n’est pas d’abord un état intérieur. Il dépend de la position qu’elle occupe : dans sa famille, envers ses ancêtres, vis-à-vis de ses obligations.

Quelqu’un qui doit de l’argent, qui a trahi une parole, qui néglige les siens, n’est pas en paix — quelle que soit sa pratique de la méditation.

C’est une différence de fond avec les approches contemporaines, qui cherchent l’équilibre à l’intérieur du sujet. Ici, l’équilibre est relationnel.

Les conditions traditionnelles de l’équilibre

Être en règle. Ce qui est dû est versé, ce qui est promis est tenu, ce qui est pris est rendu.

Être situé. Savoir d’où l’on vient, entretenir le lien avec les siens et avec ceux qui les ont précédés.

Tenir sa place. Assumer ce que son statut implique — ce qui est parfois lourd, et n’a rien d’un épanouissement individuel.

Être mesuré. La discrétion, la retenue, le refus de l’excès reviennent constamment.

Cette liste peut paraître austère. Elle a l’avantage d’être vérifiable : on peut savoir si l’on doit de l’argent, on ne peut pas toujours savoir si l’on est “aligné”.

Ce que cela apporte

Un point utile : cette conception protège contre une dérive courante, celle qui consiste à chercher un bien-être personnel en laissant intact ce qui le rend impossible.

J’ai reçu des personnes qui pratiquaient assidûment diverses techniques de développement personnel et dont la difficulté venait d’un conflit familial non traité ou d’une dette non réglée. Aucune technique n’agit sur cela.

Le premier conseil traditionnel — règle ce que tu dois — est souvent le plus efficace.

Les limites

Il serait malhonnête de ne pas les nommer.

Une conception aussi relationnelle peut peser lourd sur l’individu. Elle peut servir à maintenir quelqu’un dans une position qui lui nuit : une femme dans un mariage violent, un jeune contraint par sa famille, quelqu’un ponctionné sans limite au nom de la solidarité.

“Tenir sa place” ne doit pas signifier subir. La tradition elle-même connaît des situations où l’on part, où l’on refuse, où l’on rompt.

Ce qui ne relève pas de cette approche

Il faut le dire nettement.

Une dépression n’est pas un défaut d’harmonie : c’est une maladie, et elle se soigne. Une anxiété qui empêche de vivre relève d’un professionnel. Un traumatisme demande un accompagnement spécifique.

Attribuer ces états à un déséquilibre spirituel ou à un manquement moral est faux et cruel. Une personne dépressive n’a pas fauté.

Si vous traversez un état durable de tristesse, d’angoisse ou d’épuisement, parlez-en à un médecin. Une démarche traditionnelle peut venir en complément ; elle ne remplace pas ce soin.

Ce que je conseille

Commencez par le vérifiable. Faites la liste de ce que vous devez — argent, paroles, excuses, visites. Réglez ce qui peut l’être.

Reprenez contact avec les vôtres si le lien s’est distendu. Posez des limites là où vous vous laissez vider.

Et si, cela fait, quelque chose reste lourd, cherchez de l’aide du côté de la santé plutôt que du côté du spirituel.

L’ordre a son importance.

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