Harmonie & Rituels
Fécondité et spiritualité : comprendre les représentations traditionnelles
Da Hyppolite GLÉLÉ
Peu de sujets font autant souffrir, et peu sont autant exploités. Les difficultés à concevoir sont un domaine où la détresse est immense et où les promesses abondent. Voici ce que la tradition en dit, et ce qu’il faut absolument faire d’abord.
D’abord, le médical
Je commence par là, contre l’usage, parce que c’est ce qui compte.
Les difficultés à concevoir ont des causes identifiables dans la majorité des cas : troubles de l’ovulation, obstruction des trompes — souvent séquelles d’infections non traitées —, endométriose, anomalies du sperme, facteurs liés à l’âge.
Beaucoup de ces causes se traitent. Certaines se traitent d’autant mieux qu’elles sont prises tôt.
Un bilan concerne les deux membres du couple. C’est un point à souligner : dans un nombre considérable de cas, la cause est masculine, et pourtant c’est presque toujours la femme qui est envoyée consulter, chez le médecin comme chez le praticien traditionnel.
Un spermogramme est simple, rapide et peu coûteux. Il devrait être le premier examen fait.
Ce que la tradition regarde
Elle regarde des choses qui ont un sens dans son cadre.
Les engagements non tenus. Une promesse faite lors du mariage, une dot incomplète, une obligation envers une famille.
Les conflits. Une brouille familiale non réglée, un mariage fait contre l’accord des aînés.
Les répétitions. Une difficulté qui existe dans une lignée.
Une consultation peut examiner cela, et l’examen a parfois une valeur réelle : il fait apparaître des tensions que le couple portait sans les nommer.
Ce que la tradition ne fait pas
Elle ne remplace pas un bilan. Elle ne débouche pas les trompes, elle ne corrige pas un trouble hormonal, elle n’améliore pas un spermogramme.
Et elle ne garantit rien. Aucune démarche, quelle qu’elle soit, ne garantit une grossesse.
Le terrain le plus exploité
C’est ici que je dois être le plus ferme.
Des offres circulent : “kits de grossesse”, préparations garanties, travaux à plusieurs centaines de milliers de francs, avec des témoignages spectaculaires.
Elles visent des femmes en détresse, souvent sous pression familiale, parfois menacées de répudiation. Ce sont des cibles idéales : elles paieront n’importe quoi.
Ces offres font trois dégâts. Elles ruinent. Elles retardent un bilan qui aurait pu identifier une cause traitable. Et elles font porter à la femme, une fois de plus, la responsabilité de l’échec.
Aucune préparation traditionnelle ne doit être ingérée pendant une tentative de conception ou une grossesse sans avis médical : certaines plantes sont dangereuses pour un embryon.
La pression sociale
Il faut la nommer, parce qu’elle est souvent le vrai problème.
Dans beaucoup de familles, une femme sans enfant subit une pression constante : questions, remarques, menaces implicites. Cette pression aggrave tout, y compris physiologiquement — le stress chronique n’aide pas.
Ce que je dis aux familles qui viennent me voir : la responsabilité n’est jamais celle d’une seule personne, et un bilan des deux conjoints est la première chose à faire.
Ce que je dis aux femmes : vous n’avez pas à porter seule ce que vous n’avez pas causé.
Ce qu’une démarche traditionnelle peut apporter
Un accompagnement dans une épreuve longue. Un examen de ce qui est resté ouvert dans la famille. Parfois, la levée d’une tension familiale qui pesait.
Et, dans certains cas, la reconnaissance qu’il faut arrêter : arrêter les tentatives, arrêter de payer, arrêter d’espérer un miracle et envisager autre chose — l’adoption, ou une vie construite autrement.
C’est une conversation difficile. Elle vaut mieux qu’une promesse vendue.
L’ordre à suivre
Bilan médical des deux conjoints, d’abord. Puis, si vous le souhaitez, une démarche traditionnelle, en parallèle et jamais à la place.
Et aucune préparation ingérée sans avis médical.
Aucun commentaire pour le moment
Soyez le premier à réagir !