Libération & Renouveau
Épargne et investissement : ce que la tradition encourage
Da Hyppolite GLÉLÉ
On associe rarement la tradition béninoise à des questions d épargne. C est pourtant l un des domaines où ses recommandations sont les plus précises, et où elles rejoignent le bon sens financier le plus élémentaire.
La prévoyance comme valeur
Les proverbes sur le sujet abondent. On ne mange pas toute la récolte. Le grenier se remplit pour la saison sèche. Celui qui dépense tout aujourd hui mendiera demain.
Cette insistance vient d une économie agricole où la mauvaise saison était certaine et où aucun filet institutionnel n existait. La prévoyance n était pas une vertu abstraite : c était une condition de survie.
Les formes traditionnelles d épargne
Les sociétés béninoises ont développé des mécanismes efficaces, dont certains fonctionnent encore très largement.
La tontine. Un groupe cotise régulièrement et chacun reçoit le pot à son tour. Elle permet de constituer une somme importante sans banque, et elle repose sur la confiance et la pression sociale. Des millions de personnes l utilisent en Afrique de l Ouest.
Le stock physique. Céréales, ignames, tissus, animaux. L épargne sous forme de biens conservables ou revendables, moins exposée à la dépense impulsive.
L investissement dans les personnes. Payer la scolarité d un neveu, aider un frère à s installer. Ce n est pas de la charité : c est un placement dans un réseau qui rendra plus tard. La tradition le comprend explicitement ainsi.
La terre et l habitation. Considérées comme la valeur la plus sûre, et transmissibles.
Ce que la tradition met en garde
Plusieurs avertissements reviennent chez les anciens.
Contre l ostentation. Les cérémonies coûteuses tenues pour le regard des autres sont critiquées depuis toujours. Beaucoup de familles s endettent pour un funérailles ou un mariage. Les proverbes moquent celui qui brille dehors et manque de tout chez lui.
Contre le gain rapide. La méfiance envers l argent obtenu sans travail est constante. Elle est aujourd hui d une actualité brûlante face aux systèmes de placement frauduleux qui promettent des rendements irréalistes et qui ont ruiné de nombreuses familles béninoises.
Contre l endettement pour consommer. Emprunter pour produire est admis ; emprunter pour paraître est condamné.
Le partage n est pas l opposé de l épargne
Un point demande de la nuance. La solidarité familiale est une obligation forte, et elle peut peser lourd sur celui qui réussit. Beaucoup de Béninois se retrouvent à financer une famille entière.
La tradition n ignore pas ce problème. Elle recommande une aide réelle mais mesurée, et elle reconnaît le droit de celui qui donne à préserver son activité. Un arbre que l on dépouille de toutes ses branches ne donne plus de fruits : la formule est ancienne et elle sert précisément à poser des limites.
Poser ces limites clairement, devant les aînés si nécessaire, vaut mieux que de refuser en cachette ou de s épuiser en silence.
Une méthode simple
Ce que la tradition suggère, traduit en termes actuels, tient en peu de règles. Mettre de côté une part fixe dès l entrée d argent, avant les dépenses. Séparer l argent de l activité de l argent du ménage. Diversifier ses sources de revenu. Préférer les placements que l on comprend et que l on peut vérifier. Aider les siens, mais avec un plafond. Écrire ce que l on prête, même en famille.
Cette dernière recommandation évite une immense quantité de conflits, et elle est parfaitement compatible avec le respect dû aux proches.
Une richesse qui tient
La prospérité que valorise la tradition béninoise est durable et partagée, pas spectaculaire. Elle se construit lentement, se transmet, et se mesure à ce qu elle laisse aux enfants.
Pour échanger sur ces questions dans une perspective traditionnelle : +229 01 96 79 86 95, contact@racines-vodoun.com.
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