Harmonie & Rituels
Élever un enfant dans la tradition : autorité et affection
Da Hyppolite GLÉLÉ
L éducation traditionnelle béninoise a la réputation d être sévère. Cette image est partiellement juste et largement incomplète. Elle repose sur un équilibre entre exigence et protection qui mérite d être examiné, y compris dans ce qu il faut en abandonner.
Le principe : l enfant appartient au groupe
Un enfant n est pas élevé par ses seuls parents. Grands-parents, oncles, tantes, voisins, aînés du quartier participent. Chacun peut corriger, encourager, enseigner.
Cette éducation collective a des avantages réels. L enfant a plusieurs modèles. Il est surveillé sans être enfermé. Si un parent défaille, d autres compensent.
Elle suppose en revanche une cohérence entre adultes, qui n existe pas toujours, et elle peut créer des confusions quand les messages divergent.
Les valeurs transmises
Elles sont assez constantes d une région à l autre.
Le respect des aînés, exprimé par des formes concrètes : la salutation, la position du corps, la manière de recevoir un objet à deux mains, le fait de ne pas interrompre.
Le travail, appris tôt par la participation aux tâches. Un enfant béninois sait généralement faire beaucoup de choses de ses mains, ce qui est une réelle compétence.
La retenue. On n étale pas ses émotions ni les affaires de la maison. Cette valeur a une face utile et une face problématique, on y revient.
La solidarité. On partage, on aide, on ne mange pas seul.
La parole tenue. Un engagement pris se respecte.
Les méthodes, et ce qu il faut en dire
La transmission passe par l exemple, la participation, les contes, les proverbes, et la correction.
Sur ce dernier point, il faut être clair. Le châtiment corporel a longtemps été admis, et il reste pratiqué. Les données disponibles sont pourtant sans ambiguïté : il n améliore pas le comportement à long terme, il augmente l anxiété et l agressivité, et il abîme la relation. Le droit béninois protège par ailleurs les enfants contre les violences, y compris à l école.
Le dire n est pas condamner les générations précédentes, qui faisaient avec ce qu elles savaient. C est constater qu on sait aujourd hui autre chose.
Il existe des alternatives que la tradition elle-même connaît : la parole ferme, la réparation du tort causé, la privation temporaire d un privilège, l explication, la honte mesurée devant le groupe — à manier avec prudence — et surtout la constance des règles.
L affection dans la tradition
On dit parfois que l éducation africaine serait dure et peu affectueuse. C est faux, mais l affection s exprime autrement.
Elle passe par le portage prolongé des nourrissons, la présence permanente d adultes, le partage du repas, les surnoms, les contes du soir, la fierté manifestée en public quand l enfant réussit.
La différence est que l affection ne s exprime pas nécessairement par des mots ni par des démonstrations. Beaucoup d adultes béninois disent aujourd hui avoir manqué de paroles explicites de leurs parents. C est un point sur lequel les générations actuelles évoluent, et c est une bonne évolution.
La retenue et ses limites
Apprendre à un enfant à ne pas raconter les affaires de la maison le protège dans certains contextes. Mais cette règle peut aussi empêcher un enfant de signaler une maltraitance ou un abus.
Il est nécessaire de dire explicitement à un enfant qu il existe des choses qu il doit dire, et à qui : un parent, un enseignant, un adulte de confiance. Cette exception à la règle du silence doit être enseignée aussi clairement que la règle elle-même.
Un équilibre à trouver
Ce que la tradition offre de meilleur : un enfant entouré, responsabilisé tôt, inscrit dans une histoire, qui sait sa place et ses devoirs.
Ce qu il faut y ajouter : la parole affectueuse, l explication des règles, le renoncement à la violence, la place faite à l expression de l enfant.
Les deux ne s opposent pas. Beaucoup de familles béninoises font déjà ce chemin.
Pour un accompagnement familial : +229 01 96 79 86 95, contact@racines-vodoun.com.
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