Libération & Renouveau
Désenvoûtement : comprendre le concept dans les traditions
Da Hyppolite GLÉLÉ
Le mot “désenvoûtement” appartient au vocabulaire européen de la sorcellerie. Il a été plaqué sur des pratiques africaines qui ne le formulent pas ainsi. Cela n’empêche pas la demande d’exister — elle est même très fréquente. Voici ce qu’elle recouvre et comment la traiter honnêtement.
Ce que la demande exprime
Une personne vient en disant qu’on lui a fait quelque chose. Derrière cette phrase, il y a presque toujours trois éléments.
Une série de difficultés qui se répètent. Un sentiment d’impuissance : rien de ce qu’on tente ne fonctionne. Et souvent, un soupçon dirigé vers quelqu’un.
Ces trois éléments sont réels en tant qu’expérience. Ils ne prouvent pas leur propre interprétation.
Ce que fait un examen sérieux
Il ne part pas de la conclusion. Il regarde d’abord les faits : quoi, quand, dans quel ordre, avec quelles causes possibles.
Il examine ensuite les catégories traditionnelles : engagement non tenu, tort non réparé, lien rompu avec la famille ou les ancêtres, situation héritée.
Et seulement ensuite, s’il y a lieu, l’hypothèse d’une action extérieure.
Cet ordre n’est pas une précaution rhétorique. C’est ce qui distingue un praticien d’un commerçant : le commerçant part de la conclusion parce qu’elle se vend.
Ce qu’implique une démarche de libération
Quand quelque chose est effectivement indiqué, la démarche traditionnelle comporte généralement trois volets.
Une clôture. Un geste qui marque la fin d’une situation : bain, nettoyage, retrait de ce qui appartenait à l’ancienne configuration.
Une réparation. Ce qui doit être réglé l’est : une dette, une parole, une relation.
Un changement de conduite. Ce qui a produit la situation ne doit pas continuer.
Une démarche qui ne comporte que le premier volet ne tient pas. C’est pourtant celle qu’on vend le plus.
Ce qui doit vous alerter
On désigne un coupable. Un praticien honnête n’accuse pas votre belle-sœur ou votre voisin. Il examine une situation. Les accusations détruisent des familles entières, et elles reposent presque toujours sur du vide.
On vous annonce une urgence. “Il faut agir avant la nouvelle lune, sinon…” C’est un outil de vente.
Le prix augmente. À chaque étape, une résistance nouvelle est découverte, et une somme nouvelle demandée. C’est le mécanisme central de l’escroquerie dans ce domaine.
On vous interdit d’en parler. Cette consigne n’a qu’une fonction : vous empêcher de prendre du recul.
On promet un résultat daté. Cela n’existe pas.
Ce qui relève d’autre chose
Il faut le dire nettement, parce que ce domaine est celui où les erreurs coûtent le plus cher.
Une fatigue persistante, un amaigrissement, des douleurs, des troubles du sommeil relèvent d’un médecin. Une sensation d’être suivi, surveillé, persécuté, des voix, une angoisse permanente relèvent d’un professionnel de santé mentale — et cela n’a rien de honteux.
Un praticien qui vous dissuade de consulter met votre vie en danger. C’est arrivé, et cela continue d’arriver.
Ce que je fais et ce que je ne fais pas
J’examine. Je dis quand je ne vois rien qui relève de mon domaine. Je renvoie vers un médecin, un juriste ou un professionnel quand c’est ce qu’il faut.
Je n’accuse personne. Je ne retourne rien contre quiconque — la demande “et faites que celui qui m’a fait cela le paie” ne relève pas de la libération mais de la vengeance, et je la refuse.
Ce que je conseille
Si vous pensez être concerné : écrivez les faits, cherchez les causes ordinaires, réglez ce que vous devez, et n’engagez jamais d’argent que vous n’avez pas.
Et si quelqu’un vous annonce que votre vie est en danger et qu’il faut payer tout de suite, vous n’avez pas affaire à la tradition.
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