Harmonie & Rituels
Contes et jeux traditionnels : ce qu'ils transmettent aux enfants
Da Hyppolite GLÉLÉ
Avant l école et à côté d elle, les sociétés béninoises ont éduqué leurs enfants par les contes et les jeux. Ces formes paraissent légères ; elles transmettent en réalité l essentiel de ce qu une communauté juge nécessaire à la vie.
La veillée
Le conte se raconte le soir, après le repas, devant un groupe qui mêle les âges. Cette situation compte autant que l histoire : les enfants apprennent en présence des adultes, et les adultes réentendent ce qu ils savent déjà.
Le conteur pose des formules d ouverture, appelle des réponses, fait chanter l assemblée. L auditoire participe. Ce n est pas une écoute passive mais un échange.
Les figures récurrentes
Certains personnages traversent les répertoires de l aire béninoise.
La ruse contre la force. Le petit animal malin qui l emporte sur le puissant est une figure centrale — l araignée, le lièvre, la tortue selon les régions. La leçon est claire pour des enfants qui grandiront dans des rapports de force qu ils ne choisiront pas : l intelligence est une arme.
L orphelin. Maltraité, il finit par triompher grâce à sa patience et à sa bonté. C est à la fois une consolation et un avertissement adressé aux adultes.
La conséquence. Celui qui désobéit, qui trahit, qui prend plus que sa part le paie. Les contes sont rarement moralisateurs de façon explicite ; ils montrent l enchaînement.
Ce que les contes enseignent
Au-delà des morales, ils transmettent des compétences.
La langue, dans un registre riche : vocabulaire, images, proverbes, formules. Un enfant qui écoute des contes parle mieux.
La mémoire, très sollicitée par les répétitions et les chants.
La géographie sociale : qui est parent de qui, ce qui se fait et ne se fait pas, comment on s adresse à un aîné.
Et une forme de pensée : les contes posent des dilemmes et laissent souvent l auditoire discuter de la conduite du héros.
Les jeux
Les jeux traditionnels béninois complètent cette éducation.
Les jeux de calcul et de stratégie, comme les jeux de semailles pratiqués avec des graines et des godets, développent l anticipation et le calcul mental.
Les jeux chantés et rythmés travaillent la coordination, l écoute et le sens du groupe.
Les jeux d adresse et de course développent le corps sans équipement.
Un point remarquable : la plupart de ces jeux ne nécessitent presque rien — des cailloux, des graines, un tracé au sol. Ils sont accessibles à tous les enfants, quel que soit le revenu de la famille.
Ce qui se perd
La veillée recule devant la télévision et le téléphone. Les enfants urbains jouent moins dehors, en groupe et entre âges mélangés.
La perte n est pas seulement folklorique. Ce qui disparaît, c est un temps où les générations se parlaient, où la langue locale se transmettait dans un registre soutenu, où les enfants apprenaient à négocier des règles entre eux.
Ce que l on peut faire
Des initiatives existent : recueils de contes, émissions de radio, ateliers scolaires, festivals de conteurs. Elles gagnent à être soutenues.
Au niveau familial, les gestes sont simples. Raconter, même maladroitement. Demander aux grands-parents de raconter et enregistrer. Apprendre aux enfants les jeux de son enfance. Réserver un moment sans écran où l on parle.
Un enfant qui a entendu les contes de sa langue possède quelque chose que l école ne lui donnera pas.
Pour échanger sur la transmission culturelle : +229 01 96 79 86 95, contact@racines-vodoun.com.
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