Libération & Renouveau
Blocage spirituel : que signifie cette expression ?
Da Hyppolite GLÉLÉ
“Je suis bloqué.” C’est peut-être la phrase la plus fréquente en consultation. Elle recouvre des situations très différentes, et le premier travail consiste à savoir de laquelle on parle.
Ce que le mot désigne
Dans l’usage courant, un blocage spirituel désigne l’impression qu’une force invisible empêche quelque chose d’aboutir : les projets échouent au dernier moment, les relations ne se concrétisent pas, l’argent ne reste pas, les démarches n’avancent jamais.
Le mot lui-même est moderne et un peu flou. Les traditions béninoises parlent plutôt de chemin fermé, d’obstacle posé, de ce qui n’a pas été réglé et qui retient.
L’image du chemin est plus juste que celle du blocage : elle suppose qu’il y a une route, et qu’elle peut être rouverte.
Ce que la tradition met derrière
Un engagement non tenu. Une promesse, une dette, une part due, une obligation envers des anciens. C’est la première chose qu’on regarde, et de loin la plus fréquente.
Un tort non réparé. Quelque chose pris, quelqu’un lésé, une parole qui a blessé. Tant que cela n’est pas soldé, la situation reste ouverte.
Un lien coupé. Une famille dont on s’est éloigné, des ancêtres qu’on n’honore plus, une origine reniée.
Une action extérieure. Cela existe dans la conception traditionnelle, mais c’est la dernière hypothèse examinée, pas la première. C’est exactement l’inverse de ce que font les vendeurs de peur.
Un moment. Certaines périodes ne sont pas favorables à certaines entreprises. Le blocage n’est alors pas un problème à résoudre mais une indication d’attendre.
Ce qui n’est pas un blocage spirituel
Il faut être direct, parce que confondre coûte cher.
Un projet mal préparé échoue. Une entreprise sans clients ferme. Un dossier incomplet est refusé. Une personne qui ne dort pas depuis six mois n’avance plus. Une dépression empêche d’agir. Une addiction consomme les ressources.
Ces situations ont des causes identifiables et des réponses connues. Les habiller en blocage spirituel revient à ne rien traiter et à payer pour cela.
Les signes d’une vraie question
Ce qui justifie un examen traditionnel, dans ma pratique : une répétition qui traverse les domaines et les générations.
Non pas “j’ai raté ce concours”, mais “dans cette famille, personne ne parvient à terminer ce qu’il entreprend depuis trois générations”. Non pas “cette affaire n’a pas marché”, mais “à chaque fois, au même moment, la même chose se produit”.
La répétition sur plusieurs générations, ou sur des domaines sans rapport entre eux, est le motif qui fait sens dans cette tradition.
Ce qu’un examen honnête produit
Il peut conclure qu’il n’y a rien de spirituel. C’est une réponse fréquente, et un praticien qui ne la donne jamais devrait vous alerter.
Il peut désigner un engagement à régler. La suite est alors très concrète : rembourser, parler, réparer, reprendre contact.
Il peut indiquer un geste rituel. Celui-ci accompagne la démarche concrète ; il ne la remplace pas.
L’usage abusif du mot
“Blocage” est devenu un argument de vente. Il est vague, invérifiable, et il résonne chez tout le monde — qui n’a jamais eu l’impression que rien n’avançait ?
Le schéma commercial : on vous annonce un blocage, on propose de le lever, le prix monte, et comme rien n’est mesurable, on peut continuer indéfiniment.
Une démarche sérieuse, elle, aboutit à quelque chose de vérifiable : une dette réglée, une relation reprise, une décision prise.
Ce que je conseille en premier
Avant toute chose, faites la liste de ce que vous devez : argent, promesses, excuses, visites. Réglez ce qui peut l’être.
C’est peu spectaculaire. Dans mon expérience, cela suffit dans une majorité de cas — et cela ne coûte rien.
Aucun commentaire pour le moment
Soyez le premier à réagir !