Ancêtres et esprits : deux notions à ne pas confondre
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Ancêtres et esprits : deux notions à ne pas confondre

Portrait de Da Hyppolite GLÉLÉ Da Hyppolite GLÉLÉ

Ancêtres et esprits : deux notions à ne pas confondre

Dans le vocabulaire courant, “esprits” sert de mot fourre-tout pour tout ce qui n’est pas visible. La tradition béninoise, elle, distingue soigneusement. Ces distinctions ne sont pas des subtilités d’école : elles changent la manière dont on s’adresse à chacun.

Les ancêtres

Ce sont des membres de la famille. Ils ont vécu, ils ont un nom, on sait qui ils étaient.

La relation avec eux est familiale : on les salue, on les informe, on leur doit du respect comme à des aînés. Ils ont des attentes et des exigences, et ils veillent sur la lignée.

Ils concernent une famille précise. Les ancêtres d’une lignée ne sont pas ceux d’une autre.

Les divinités

Ce sont des puissances, avec leurs domaines, leurs cultes, leurs initiés, leurs interdits.

La relation est d’un autre ordre : elle passe par des intermédiaires, elle demande une initiation ou au minimum un cadre, et elle obéit à des règles précises.

On ne s’adresse pas à une divinité comme à un grand-père.

Les autres présences

La tradition reconnaît encore d’autres catégories : des forces liées à des lieux, à des éléments, et ce que le vocabulaire courant appelle parfois “esprits” sans plus de précision.

Elles ne relèvent ni du culte familial ni des grands cultes structurés. Le rapport avec elles est plus circonstanciel.

Pourquoi la distinction compte

Elle détermine à qui l’on s’adresse et comment. Une difficulté familiale se traite du côté de la lignée. Une question qui relève d’un culte se traite dans ce culte. Confondre revient à frapper à la mauvaise porte.

Elle détermine ce qui est légitime. Le culte des ancêtres est accessible à tout membre de la famille. L’accès aux divinités suppose un cadre.

Elle protège. Beaucoup de “spécialistes des esprits” jouent précisément sur ce flou. En mélangeant tout, ils peuvent proposer n’importe quoi.

Le cas des défunts non installés

Un point qui explique beaucoup de confusions.

Un mort dont les rites n’ont pas été accomplis n’est pas encore ancêtre : il est dans un entre-deux. C’est ce qui explique certaines situations décrites comme des présences pesantes dans une famille.

La réponse n’est pas de “chasser” quoi que ce soit : c’est de faire ce qui n’a pas été fait.

Ce que le vocabulaire européen a brouillé

Les traductions missionnaires ont rangé sous “esprits”, “démons” ou “fétiches” des réalités que la langue locale distinguait parfaitement.

Ce nivellement a produit deux effets durables : il a rendu la tradition incompréhensible de l’extérieur, et il a fourni un vocabulaire commode à ceux qui exploitent la peur.

Quand quelqu’un vous parle vaguement d‘“esprits” qui vous en veulent, sans préciser de quoi il parle, prenez cette imprécision pour ce qu’elle est.

Ce que je conseille

Quand on vous dit qu’il y a “quelque chose”, demandez quoi. Un ancêtre ? Lequel ? Une divinité ? Laquelle ? Autre chose ? De quel ordre ?

Un praticien qui connaît répond précisément. Celui qui reste dans le vague ne connaît pas, ou ne veut pas que vous compreniez.

C’est le test le plus simple, et il fonctionne remarquablement bien.

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