Vodoun & Culture
Abomey et le royaume du Danxomè : le patrimoine des Amazones
Da Hyppolite GLÉLÉ
Le royaume du Danxomè a dominé cette région pendant plus de deux siècles. Ses palais, ses bas-reliefs et le souvenir de son armée féminine constituent l’un des patrimoines les plus importants d’Afrique de l’Ouest.
Le royaume
Fondé au XVIIe siècle, le Danxomè s’est constitué autour d’Abomey et s’est étendu jusqu’à la côte. Il a été l’un des États les plus organisés de la région, avec une administration, une armée et un cérémonial élaborés.
Il a été conquis par la France à la fin du XIXe siècle, après la résistance du roi Béhanzin.
Les palais
Les palais royaux d’Abomey sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Chaque roi y faisait construire son propre palais, selon un principe de continuité : le nouveau s’adossait à l’ancien. L’ensemble formait une cité royale considérable.
Les bâtiments sont ornés de bas-reliefs en terre qui racontent les règnes : victoires, devises, emblèmes. Ce sont des archives autant que des décors — chaque roi avait ses symboles, et on lit un règne sur ces murs.
Les Amazones
Le corps militaire féminin du Danxomè est ce qui a le plus frappé les observateurs, et ce qui reste le plus connu aujourd’hui.
Il s’agissait de soldates entraînées, organisées en unités, intégrées à l’armée royale, et réputées pour leur discipline au combat. Les récits européens du XIXe siècle en font des descriptions abondantes, parfois fantasmées.
Le terme “Amazones” est d’ailleurs une projection européenne ; les termes locaux étaient différents.
Cette histoire a connu un regain d’intérêt international récent, notamment par le cinéma. Cette visibilité est une bonne chose, à condition de ne pas confondre la fiction avec l’histoire.
Les objets
Le Danxomè a produit un art de cour remarquable : trônes, récades, tentures appliquées, statues, bijoux.
Une grande partie de ces objets a été pillée lors de la conquête et se trouvait jusqu’à récemment dans des musées européens. Le retour de vingt-six œuvres au Bénin en 2021 a constitué un événement majeur, et il a ouvert un débat plus large sur la restitution des biens culturels africains.
Ces œuvres sont aujourd’hui présentées au Bénin.
La dimension spirituelle
Le pouvoir royal était indissociable des cultes. Les rois entretenaient des rapports précis avec les divinités et avec leurs ancêtres, et les cérémonies royales occupaient une place centrale.
Les cultes liés à la dynastie continuent d’exister, avec leurs responsables et leurs lieux.
La part sombre
Il faut la dire : le Danxomè a participé activement à la traite atlantique, fournissant des captifs aux négriers européens en échange d’armes et de marchandises.
Cette réalité est aujourd’hui reconnue et abordée au Bénin. Elle fait partie de l’histoire du lieu, et l’ignorer serait malhonnête.
Si vous visitez
Prenez un guide au musée historique d’Abomey : les bas-reliefs et les objets demandent des explications.
Prévoyez du temps, et sachez que certains espaces restent liés à des cultes actifs.
Et si vous vous intéressez aux Amazones, cherchez des sources historiques plutôt que des fictions : la réalité est plus intéressante que ce qu’on en a fait.
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